Retour — Causerie virtuelle : face à la crise de la commémoration en art public, quelles solutions envisager ?

Photographie de la série Imprinted on my new place, Cécilia Bracmort

par —
Frédérique P Corson

Le 14 octobre dernier, soit un an après le Forum « Entre raison et tension : l’art public à l’épreuve de la commémoration corrigée » et plusieurs semaines après le déboulonnage de la statue de John A. Macdonald, la Commission permanente de l’art public a tenu une causerie virtuelle avec les intentions suivantes :

    • Présenter la synthèse du forum, ses constats et ses recommandations;
    • Donner la parole aux artistes qui mettent en question par leur pratique la commémoration.

Deux invitées spéciales étaient conviées à la discussion animée par la coprésidente de la commission Louise Déry, les artistes visuelles Cécilia Bracmort et Hannah Claus.


Un appel à la proactivité

Analays Alvarez Hernandez et Marie-Blanche Fourcade, toutes deux membres de la commission, ont posé les bases de la conversation en présentant les constats et les bonnes pratiques, tournées « vers l’action ». En effet, l’appel est à la proactivité. Il n’est pas nécessaire d’attendre pour poser des gestes concrets et symboliques. Aller au-devant des situations critiques. Se doter d’un cadre pour l’avenir.

Des commissions indépendantes regroupant experts et citoyens pourraient, par exemple, être mises sur pied afin d’évaluer les monuments contestés et réévaluer le corpus d’œuvres et les messages qu’elles portent.

À cet effet, et en référence à sa propre expérience en tant qu’artiste de descendance Kanien’kehá:ka, Hannah Claus a rappelé l’importance d’élargir le nombre d’interlocuteurs issus des communautés autochtones, y compris les ainés. « Pourquoi ne pas formaliser la démarche de consultation auprès de ces communautés en recrutant une personne dédiée ? », suggère-t-elle.

La synthèse du forum liste trois stratégies d’interventions récurrentes :

    • La délocalisation du monument
    • La préservation du monument avec travail de contextualisation
    • La création de nouveaux monuments (pratique additive)


Des initiatives indépendantes essentielles, mais pourtant éphémères

À la question de savoir si les artistes participent suffisamment au débat sur la commémoration, les réponses sont sans équivoque. Hannah Claus déplore le fait que ces discours de contestation artistique apparaissent davantage dans les cercles restreints de l’art contemporain plutôt que sur la place publique. « L’artiste prend sa place de toute manière! On se donne le droit de questionner l’espace par nos pratiques » affirme de son côté Cécilia Bracmort.

Des pratiques qui prennent la forme le plus souvent d’interventions éphémères et qui permettent notamment à des artistes issus de groupes en situation minoritaire d’influer sur l’espace public. Néanmoins, comme l’indique la synthèse du Forum, certaines questions demeurent : pourquoi perpétuer dans nos paysages urbains des individus ou des événements qui ne nous interpellent plus et donner un caractère temporaire à ceux qui nous intéressent aujourd’hui ? Comment prolonger et pérenniser les interventions temporaires sur ou autour des monuments contestés ?


Nos valeurs dans l’espace public

La commémoration dans la ville se manifeste aussi dans la toponymie des rues, rappelle Hanna Claus. L’art public et la toponymie sont autant de symboles mémoriels qui définissent notre vision du territoire. Une des solutions consisterait à privilégier la célébration d’idées ou d’actions plutôt que de personnages historiques. En ce sens, Hannah Claus cite l’exemple du changement de nom de la rue Amherst par le mot Atateken, qui signifie « fraternité » ou groupe de personnes avec qui on partage des valeurs, en mohawk.

En d’autres termes, il s’agirait de faire de la place à nos valeurs dans l’espace public, à ce qui nous représente, nous touche et nous intéresse. Cela renvoie à la question épineuse, mais non moins passionnante, de la définition de nos valeurs en tant que collectivité. Quelles sont-elles ? Comment les définir sachant qu’elles sont en constante mouvance ? De quelle façon les intégrer ?

La causerie s’achève finalement sur la formulation de quelques pistes supplémentaires. Il apparait essentiel de procéder à une révision régulière du parc de monuments de la ville, d’effectuer une « auto-évaluation culturelle » permettant d’analyser et de questionner les statues controversées, mais aussi d’identifier les absences.

Vous souhaitez aller plus loin ? Consultez la synthèse du forum « Entre raison et tension : l’art public à l’épreuve de la commémoration corrigée »

 

Document synthèse