Sovann Rochon-Prom Tep : Finaliste au Prix du CALQ — Œuvre de la relève à Montréal 2019

Sovann Rochon-Prom Tep_Un temps pour tout

Un temps pour tout © David Wong

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Culture Montréal

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Le prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal, est issu d’une collaboration entre le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), gestionnaire du prix, et Culture Montréal, promoteur de l’appel de candidatures et de la cérémonie de remise. Assortie d’un montant de 10 000 $, cette récompense est décernée à un(e) artiste ou à un(e) écrivain(e) de la relève, pour souligner l’excellence d’une œuvre récente.  La sélection est assurée par un jury composé de pairs réunis par le Conseil.

Cette année, Covid-19 oblige, nous avons été contraints d’annuler notre traditionnelle cérémonie de remise du prix. C’est donc à travers de courtes entrevues que nous vous invitons à découvrir les trois finalistes de l’année 2019. Le nom du lauréat ou de la lauréate sera dévoilé le 28 mai prochain.

 


Entretien avec le danseur Sovann Rochon-Prom Tep autour de son oeuvre chorégraphique intitulée Un temps pour tout.

Sovann Rochon-Prom Tep © Caroline Désilets

Un temps pour tout est une oeuvre scénique qui met en valeur trois danseurs issus des danses urbaines, eux-même accompagnés de deux musiciens de jazz. Dans un espace scénographie convivial, la pièce dresse un portrait juste et attachant de la profondeur des liens humains souvent partagés dans les communautés artistiques marginalisées ou non-institutionnalisées.

Comment vous est venue l’idée de créer cette oeuvre et pourquoi transposer les danses urbaines sur scène, dans un contexte plus institutionnel ?

L’idée de transposer le travail de danseurs et danseuses hip-hop sur scène m’est venue assez naturellement puisque j’ai moi-même fait évoluer ma carrière avec le breaking, une danse issue de la culture hip-hop et faisant partie des danses urbaines, avant d’intégrer le milieu plus institutionnalisé de la danse contemporaine.  Toujours actif au sein des deux milieux, j’ai la chance d’avoir un accès privilégié aux talents qui évoluent au sein de la vaste communauté des danses urbaines. Cultivant un intérêt pour la création scénique, j’ai voulu mettre en lumière l’art de trois artistes de danse que j’admire et réfléchir avec eux sur la manière dont leur pratique artistique pouvait se déployer sur une scène. J’avais le sentiment que je pourrais créer une œuvre rassembleuse, profonde et accessible réflétant la complicité, la générosité et le talent de mon équipe d’artistes sur scène.

 

Vous dites que cette œuvre contribue à la déconstruction de la culture hiérarchique de la création scénique, chaque artiste sur scène assumant un rôle de cocréateur. Comment concilier l’improvisation, inhérente à la pratique des danses urbaines, et les exigences de la scène ?

Pour moi, la scène n’exige rien. Le rapport à la scène est ouvert à l’interprétation de l’artiste qui l’investit. Personnellement, les exigences que je m’étais fixées pour créer ce spectacle étaient de diriger l’œuvre pour en faire un moment de rencontre, établir une atmosphère bienveillante et offrir un espace d’expression pour des artistes que j’admire. Pour tendre vers ces objectifs, j’ai établi une structure précise à l’œuvre dans laquelle les artistes se relaient pour évoquer différentes intentions à partir d’improvisations. La progression énergétique qui en émerge est pensée stratégiquement pour maintenir et renouveler l’attention du public. Il était important pour moi d’offrir à mes artistes un cadre clair tout en leur permettant d’improviser et de modifier ce cadre. C’est ainsi qu’ils peuvent improviser et se laisser surprendre sans avoir à réfléchir à la progression de l’œuvre

 

Les danses urbaines se situent au carrefour de différents styles de danse et de musique. Dans votre œuvre Un temps pour tout, deux musiciens de jazz accompagnent les trois danseurs sur scène. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos influences ?

Les différents styles de musique hip-hop sont habituellement créés à partir d’échantillonnages de musique jazz et soul. Je trouvais pertinent de travailler avec des musiciens de jazz versatiles et intéressés par des styles musicaux multiples. Il m’était ainsi possible de développer avec eux une sonorité qui reste proche des couleurs musicales du hip-hop tout en allant chercher des rythmes, des dynamiques et des énergies complètement différentes. Je n’ai pas créé la partition musicale, ni le vocabulaire dansé de la pièce. Mon rôle était plutôt de créer une progression, une atmosphère et un contexte afin que l’œuvre reflète les intentions que je souhaitais partager. Ce dont nous sommes témoins sur scène, en termes de styles et de vocabulaires, correspond plutôt à mes intérêts qu’à mes influences. À vrai dire, ce qui m’intéresse vraiment, ce sont les différents états dans lesquels se trouvent les artistes et le rapport qui se crée avec le public, et ce, peu importe le style.

 

On a l’habitude de désigner les nouvelles générations d’artistes par le terme « relève ». Littéralement, on peut entendre ce mot comme une génération qui prend la relève d’une autre. Est-ce que cela signifie quelque chose pour vous le fait d’être un artiste de la relève ? Vous considérez-vous comme tel ?

Je crois en effet prendre la relève d’une génération précédente. Je me sens privilégié de pouvoir profiter d’institutions, de plateformes d’expression et d’organismes de soutien qui ont été créés par les artistes et les travailleurs culturels qui m’ont précédé. En tant qu’artiste de la relève, il est important pour moi d’aligner ma pratique sur l’évolution de certaines valeurs sociales chères à mes yeux. À petite échelle, je veux que mon éthique du travail et que mon art contribuent à l’effort collectif déployé pour rendre la société plus égalitaire et bienveillante.

 

Quel regard portez-vous, en tant qu’artiste de la relève, sur ce moment exceptionnel d’interruption des activités due à la crise sanitaire ? Quelles leçons pouvons-nous en tirer ?

Si je m’arrête à mon point de vue d’artiste, je crois qu’il est pertinent de repenser l’échelle de valeurs sous-jacente au sein la communauté des artistes et travailleurs culturels. La mise en marché internationale de l’art est grandement valorisée et devient, en quelque sorte, un symbole d’accomplissement. Sans condamner le rayonnement international des artistes et les échanges culturels riches qui peuvent s’effectuer quand l’art voyage, je pense qu’il est pertinent d’accorder une toute aussi grande valeur à l’incidence que l’art peut avoir sur diverses communautés près de chez soi.