À plein volume ! Dévoilement des finalistes du Prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal

par —
Culture Montréal

Chaque année, Culture Montréal a le mandat de faire rayonner les finalistes du Prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal décerné par le Conseil des arts et des lettres du Québec. Cette distinction reconnaît l’excellence du travail d’une relève artistique florissante et de son apport créatif au paysage culturel québécois.

En découvrant l’identité des trois femmes finalistes du Prix, une évidence s’est rapidement imposée : c’est par le son qu’allaient se dévoiler à nous leurs univers d’expression. Tout d’abord, dans le roman d’Alexandra Boilard-Lefebvre, c’est la scansion des voix et des témoignages qui nous permet de donner corps à une absence et de retracer l’histoire silencieuse de sa grand-mère disparue, et, par le fait même, à une génération de femmes effacées à qui on ne donnait jamais la parole. Ensuite, l’album francophone de Naomi nous donne envie de danser grâce à ses airs estivaux caribéens qui métissent le house, la pop américaine et le R&B tout en s’enracinant dans une identité résolument montréalaise. Finalement, pour Ariane Racicot, c’est par un corpus jazz qui mélange les styles – fusion, latin, classique, rock progressif – qu’une exploration sonore fougueuse et raffinée s’ouvre à nous.

Alexandra Boilard-Lefebvre pour le roman Une histoire silencieuse
© Laurence Perreault-Brière

Naomi pour l’album Un coin sombre pour danser
© Éléonore Côté-Savard

Ariane Racicot pour l’album Danser avec le feu
© Joe Cancilla

Au fil de trois questions abordant leur processus créatif, l’importance des voix des femmes et la place de la relève, des extraits des œuvres finalistes sont sélectionnés par les artistes elles-mêmes pour apporter des clés de compréhension et permettre une première incursion sonore dans leurs mondes respectifs.

Il ne reste plus qu’une dernière étape pour que l’expérience soit complète : montez le son et syntonisez la fréquence du Prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal !

Comment décririez-vous votre processus créatif ?

Ariane Racicot : Mon processus créatif naît souvent d’une improvisation et s’inspire de mes émotions ou de ce qui se passe autour de moi (par exemple une tempête !). J’aime explorer la fusion des genres, les extrêmes d’intensité et les textures du trio piano-basse-batterie, puis j’ai cette envie naturelle d’amener une forme de progression dans ma musique.


Alexandra Boilard-Lefebvre
 : L’étape de recherche qui précède et traverse toujours celle de l’écriture teinte mon processus de création, particulièrement pour Une histoire silencieuse. J’ai l’impression que la majorité du temps consacré à ce projet a été vouée à la recherche et à l’accumulation d’une diversité de matériaux, coupures de journaux, archives administratives, témoignages, photographies, une collection sans laquelle il m’aurait été impossible d’écrire cette histoire. L’influence majeure du cinéma est aussi ce qui fait la particularité de mon processus : l’écriture scénaristique oriente ma manière d’écrire, de décrire, de travailler les photos qui ponctuent et structurent le récit.


Naomi 
: Je considère que mon parcours de danse professionnelle rend ma musique vraiment à part. Ça influence autant ma façon de créer que mon éthique de travail. J’ai développé une écoute du rythme et du corps qui se ressent directement dans mes chansons. Je ne pense jamais juste en audio, j’imagine tout de suite le mouvement. Je vois la scène, la chorégraphie, les images, même dès les premières idées. Ça guide mes choix et rend le projet plus cohérent au final. Je suis aussi attirée par des sonorités qui appellent le mouvement. Cette approche me permet de créer quelque chose de plus incarné. Et c’est ça qui me donne un vrai sentiment d’accomplissement.

 

Comment s’incarne la prise de parole au féminin dans votre œuvre ?

Alexandra Boilard-Lefebvre : Pour raconter l’histoire de ma grand-mère Thérèse, j’ai ressenti le besoin de faire de la place à d’autres voix que la mienne. Au-delà de la parole de l’entourage de Thérèse qui rythme le récit, on retrouve également celle des femmes interviewées par Betty Friedan et rapportée dans The Feminine Mystique. Parce que ce qui m’intéresse, comme écrivaine, c’est le caractère collectif de la vie de Thérèse, une vie de femme vécue, j’ai envie de dire subie, par plusieurs autres.

 

Naomi : La prise de parole au féminin, dans ma musique, passe par une expression décomplexée de la sensualité, des tristesses et des ambitions que j’ai. J’essaie de ne pas me filtrer ni d’aseptiser ce que je raconte, parce que même dans une forme pop, j’ai envie que les émotions restent intactes. J’espère aussi que des femmes encore sous-représentées dans le paysage québécois pourront se reconnaître dans ces chansons.


Ariane Racicot :
Mon œuvre porte une volonté affirmée de contribuer à la visibilité des femmes dans le jazz instrumental, encore sous-représentées dans ce milieu, en faisant entendre cette voix sur les scènes locales, nationales et internationales et, je l’espère, en inspirant à mon tour de jeunes musiciennes.

En tant qu’artistes de la relève, quel message souhaitez-vous transmettre à vos pairs ?

Naomi : Dans le contexte actuel de crise culturelle, où tout va très vite et où la pression de produire est constante, je pense qu’il est important de protéger sa démarche et de prendre le temps de construire quelque chose qui nous ressemble vraiment. Les moments d’incertitude font aussi partie du parcours, et ils peuvent devenir des espaces de recherche et de solidarité entre artistes.


Ariane Racicot 
: En général, dans les arts, je crois qu’il ne faut pas faire les choses à moitié, suivre son instinct et croire en son potentiel. Même si c’est un milieu difficile, le rayonnement de la culture passe par des artistes qui osent créer. Il faut savoir s’entourer des bonnes personnes et surtout… commencer par foncer, même si ce n’est pas parfait !


Alexandra Boilard-Lefebvre :
L’exercice auquel je me suis prêté est celui-ci : écrire une histoire que l’histoire ne retient pas, pas assez marquante, pas assez grande, pas assez distincte, mais une histoire qui à mes yeux, a une grande importance en ce qu’elle est collective, en ce qu’elle est partagée.

Soirée de remise de prix

La lauréate du Prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal sera dévoilée lors de la 4e édition de la soirée Horizons qui se déroulera le lundi 27 avril prochain à l’édifice Hélène-Desmarais de HEC Montréal.


À propos du Prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal

Assorti d’un montant de 10 000 $, le Prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal est remis à un ou une artiste, un écrivain ou une écrivaine, ou un collectif de Montréal, pour une œuvre originale présentée entre le 31 août 2024 et le 1er septembre 2025. En décernant ce prix, le Conseil souhaite souligner l’excellence de la création artistique à Montréal, favoriser la reconnaissance d’artistes, d’écrivaines et d’écrivains professionnels de la relève, offrir un soutien tangible à leur carrière et sensibiliser le public à l’œuvre primée.

Culture Montréal est fier de contribuer à faire rayonner les œuvres et les artistes du Prix du CALQ – Œuvre de la relève à Montréal depuis 10 ans.