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04.05.2013 SPEACH – What do we mean by cultural citizenship ?

Notes pour une intervention de Simon Brault à l’assemblée générale de la Commission canadienne pour l’Unesco – Hôtel Hyatt Regency, Toronto, Canada. Le 4 mai 2013

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Je remercie la Commission canadienne de l’Unesco de m’avoir invité à prendre part à cette discussion.

Je souhaite réfléchir à voix haute sur le concept de citoyenneté culturelle, un concept qui acquiert une importance grandissante alors que divers mouvements convergent dans le monde pour mieux définir et intégrer la dimension culturelle à celle du développement durable. J’aimerais en parler sur le plan conceptuel et serai heureux de donner plus d’exemples lors de la discussion. Pour l’instant, j’aimerais simplement « mettre la table ».

C’est le sociologue Raymond William, instigateur du courant des Cultural Studies, qui a d’abord évoqué cette idée en parlant d’un droit d’accès à la culture en vertu duquel chaque citoyen s’approprie les outils culturels tandis que les institutions favorisent l’épanouissement et l’expression culturelle du plus grand nombre.

Mais le courant de pensée sur la citoyenneté culturelle qui m’a d’abord intéressé, c’est celui qui s’est formé à partir des années 1980, en Amérique Latine, grâce à des auteurs comme Manuel Rosaldo, qui évoquaient la citoyenneté culturelle pour décrire des initiatives citoyennes orientées vers l’expression, la revendication et la négociation d’espaces culturels vivables dans des situations de pauvreté et d’aliénation plus ou moins prononcées.

Ces penseurs associaient la citoyenneté culturelle à l’autonomisation et à la responsabilisation des personnes; à un exercice direct du pouvoir de décider et de changer les choses; à une reconfiguration des rapports de forces sociaux à partir du bas vers le haut. Cette réflexion m’intéresse, car elle s’inscrit dans une toute nouvelle mise en pratique de la citoyenneté culturelle.

Un exemple bien documenté de la force et de la portée d’une telle reconfiguration concrète des rapports de pouvoir est celui de Porto Alegre, au Brésil, après l’élection du Parti des travailleurs en 1989. À cette époque, la ville était délabrée et en faillite, et les services publics desservaient seulement le centre (soit 10% de la superficie). Quatorze ans plus tard, le taux d’alphabétisation atteignait 98 %; 100 % de la population avait accès à de l’eau potable et à l’électricité; le réseau d’égout couvrait 92% de la ville; et 1800 autobus sillonnaient les 470 kilomètres carrés de la ville. Cette transformation radicale s’expliquait par l’instauration d’une démocratie de participation qui a fait école depuis.

En 2003, 700 000 résidents de Porto Alegre ont participé aux processus et aux discussions portant sur l’éducation, le développement économique ou la culture. Je réfère à Porto Alegre non pour proposer un modèle à copier, mais pour indiquer une source d’inspiration qui a notamment influencé la trajectoire d’un organisme comme Culture Montréal dont je suis le président élu depuis sa création, en 2002.

Aussi, plus près de nous, des chercheurs comme Christian Poirier de l’INRS évoquent systématiquement le concept de citoyenneté culturelle pour nous sortir de la dynamique d’opposition un peu stérile entre démocratisation (de la culture savante, la culture comme accès aux œuvres) et démocratie culturelle (la culture comme expression). Pour Poirier, le concept de citoyenneté culturelle intègre les enjeux pratiques de la démocratie culturelle tout en les dépassant, en les portant à un niveau sociologique, sinon même politique.

Ainsi Poirier avance que la citoyenneté culturelle peut être conçue comme une quatrième phase de l’évolution du concept même de citoyenneté qui suit les phases (1) des droits civils (18e siècle en Angleterre), des droits politiques (19e siècle) et des droits sociaux (20e siècle).

Selon lui, la citoyenneté culturelle :
•    Suppose une appropriation, par les individus, des moyens adéquats de création, de production, de diffusion et de consommation culturelles. Ainsi, les individus ne sont plus considérés comme des « consommateurs  », mais plutôt comme des créateurs et des diffuseurs actifs et intelligents.
•    [Elle] Adopte une perspective qui va du bas vers le haut, soit des citoyens aux institutions.
•    [Elle] Constitue une citoyenneté substantielle et différenciée selon les identités de chacun et les groupes d’appartenance.
•    [Elle] Contribue à la construction identitaire personnelle ainsi qu’à la rencontre et aux interactions avec « autre » que soi; elle ouvre un espace dialogique.
•    [Elle] Permet une ouverture vers la sphère publique et le politique.
•    [Elle] Tient compte des transformations du politique, et le politique comprend ici non seulement les gouvernements et les partis politiques, mais plus largement les citoyens et de nouveaux intermédiaires tels que les associations, les groupes d’intérêt, ou, en d’autres termes, la société civile organisée composant la gouvernance culturelle et politique.
•    [La citoyenneté culturelle] Encourage l’expression des groupes plus alternatifs ou marginalisés par la culture dominante (le mainstream), ouvre de nouveaux espaces culturels et politiques, entraîne une multiplication de l’espace public.
•    [Elle] Prend acte de la complexification des échelles territoriales, du local (incluant les quartiers) à l’international.
•    [Elle] Adhère à une vision proactive plutôt que défensive ou « réactive ».
•    [Elle] Conçoit la culture comme vecteur de lien social.
•    [Elle] Prend en considération les effets élargis (personnels et sociaux) de la culture, les contextes et lieux différenciés, les multiples raisons et motivations, les différents modes de transmission de la culture ainsi que des définitions très variées et complexes de la culture.

L’idée de citoyenneté culturelle est très prometteuse pour l’avenir. Elle permet d’abord et avant tout de redéfinir le rôle des arts, de la culture et patrimoine dans le développement durable, sinon même dans le développement humain. Elle valide en effet l’importance de la médiation culturelle et, plus encore, celle de la participation culturelle.
 
Comme l’écrit le politicien français Ivan Renar [et je cite]« La culture doit être vue sous l’angle du développement humain. Elle transmet aux descendants tout ce que l’hérédité ne fait pas. Elle n’est donc pas une pièce rapportée, un ornement, une décoration que l’on porte à la boutonnière. Il n’y a pas de citoyenneté sans accès aux savoirs, sans partage des connaissances, sans émergence des capacités à créer du symbolique. » [fin de la citation]

Sur le plan politique, on ne parle plus simplement de reconnaissance de droits culturels ou d’accès à l’offre culturelle produite, programmée et diffusée par les institutions. On s’intéresse aux êtres humains, aux citoyens, comme acteurs culturels, comme décideurs, comme agents de création, comme producteurs et, même, comme diffuseurs de culture. La notion de citoyenneté culturelle propulse à l’avant-plan celle de la participation culturelle.

Comme le relevait le sociologue Guy Bellavance [et je cite] : « Mettre l’accent sur la participation culturelle par opposition à la simple fréquentation (quantitative, payante) des lieux culturels représente moins un changement au niveau de la conception de la culture qu’au niveau de l’action culturelle.  » [fin de la citation]

La réalité même de citoyenneté culturelle est évidemment plus concrète et palpable avec les progrès du numérique qui outille les citoyens comme acteurs de leur vie artistique et culturelle et qui leur confère un pouvoir culturel qui était jusqu’alors monopolisé par les institutions et les professionnels investis de la connaissance, des ressources et de l’expertise culturelles. Concrètement, la chaîne programmation-création-production-diffusion-consommation est désarticulée par le numérique, et celui qui était jusque-là un consommateur culturel peut rompre avec la passivité et l’absence d’influence qui s’imposaient comme postulat de sa relation avec la culture.

L’idée de participation remet en question le rapport consumériste à la culture. Elle revoit la verticalité des systèmes culturels que nous connaissons pour créer des espaces incarnant les valeurs des citoyens ainsi que des plateformes porteuses d’interactions et de créativité entre les domaines économique, environnemental, social ou culturel. De la même façon, dans le domaine des arts, la médiation culturelle n’est plus simplement perçue comme la tentative d’établir des ponts entre une œuvre et un citoyen non initié à l’œuvre, mais plutôt comme la façon de réunir les gens autour d’une œuvre et de les mettre en interaction avec cette œuvre.

La résurgence de la notion de citoyenneté culturelle n’est pas non plus étrangère à la montée des préoccupations liées au renouvellement du discours et des actions en faveur du développement durable.

Il devient en effet de plus en plus clair que le développement durable doit s’exprimer et se décliner bien au-delà d’une série de prescriptions à édicter et à respecter pour éviter le gaspillage de ressources limitées ou non renouvelables. Parce qu’elle se conjugue d’abord au qualitatif et non au quantitatif, la culture permet en effet d’énoncer et de partager les enjeux du développement humain. Elle permet de décloisonner des enjeux qui sont enfermés, la plupart du temps, dans des systèmes de mesure et d’évaluation et qui se résument, en guise d’arguments ou de conclusions, à des statistiques et des projections chiffrées.

Une vision du développement durable doit être présentée pour susciter l’engagement émotif et créatif du plus grand nombre des êtres humains, car ils sont les premiers responsables et bénéficiaires de ce qui doit devenir un vaste projet de civilisation.

Ce projet doit être élaboré et déployé avec résolution et dicté par la conscience aiguisée que nous avons de la fragilité de la nature et du caractère éminemment destructif d’une économie qui ne servirait qu’à satisfaire l’infinie gloutonnerie de quelques-uns d’entre nous.

Pour renforcer, l’importance d’un projet de civilisation, pour frapper l’imaginaire et un peu à titre de mise en garde, j’aime bien citer cette phrase d’un intellectuel québécois qui fut jadis sous-ministre adjoint de la culture au Québec (1978-1983), Noël Vallerand, et qui écrivait ceci : « quand les artistes, les intellectuels et les hommes de science perdent contact avec la masse, les charlatans se faufilent entre les deux ».

Comment exprimer, interpréter, canaliser et projeter les rêves, les espoirs, la créativité, les besoins ou les projets d’une collectivité dans toute leur diversité et leur singularité, sans les arts et la culture qui permettent l’idéation, la transposition, la représentation, la sensibilisation, la communication, le dialogue, l’émotion, la médiation, l’inclusion et, par-dessus tout, la construction progressive d’une identité culturelle ayant une trajectoire, sinon une destination, qui puisse être partagée?

En nous intéressant aux arts, au patrimoine et à la culture du point de vue du citoyen et en ne nous contentant plus d’évoquer, avec une instance répétée, les intérêts légitimes du secteur culturel (audiovisuel, magazines, etc.), nous risquons de réussir là où nous avons trop souvent échoué. En effet, les interventions aux résonnances hypercorporatistes ne peuvent que renforcer la perception que nous sommes enfermés dans des négociations ayant toutes les apparences d’une négociation commerciale, alors que c’est de choix de développement et de civilisation dont nous parlons vraiment.

Enfin, je crois que le concept de citoyenneté culturelle peut encore être développé en évitant d’en faire une expression-valise qui contient tout et son contraire. Je crois fermement que ce concept nous permettra d’engager une conversation très large sur l’avenir des arts, de la culture et d’un développement humain qui n’est pas contrôlé par les experts et les groupes d’intérêts, mais qui s’adresse directement à tous les citoyens.

Merci

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