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19.10.2006 CONFERENCE – Un défi démographique et interculturel

Notes for Culture Montreal Chair Simon Brault’s conference for the panel “Demography and Immigration” at the “Our Future: a Public Dialogue” Summit at McGill University, Montreal.

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Comme sans doute beaucoup d’autres, lorsque que j’ai lu pour la première fois le manifeste « Pour un Québec lucide », je me suis d’abord intéressé au ton de ce texte. Je me suis questionné sur le niveau de stridence de la sonnette d’alarme qu’on venait de tirer et sur l’assemblage quasi existentialiste des mots lucidité, responsabilité et liberté.

Par ailleurs, j’ai été frappé par le fait que ce manifeste écrit en 2005 et signé par des intellectuels éclairés et cultivés fréquentant assidûment les cercles de décision et de pouvoir, a presque passé sous silence la dimension culturelle, autant dans les diagnostics que dans les pronostics.

En fait, on l’a évoquée vitement, mais en la coupant, en la déconnectant en quelque sorte, des dimensions économiques et sociales.

Ainsi, en répondant à la question : Quels devraient être les objectifs des Québécois pour les prochaines années ? on écrivait : « 1- Le Québec doit continuer à se développer économiquement et socialement afin d’assurer le mieux-être de ses citoyens et 2 – Le Québec doit rester une société distincte capable de faire rayonner une langue et une culture françaises en Amérique (pourquoi cette limitation géographique ?).
On semble croire que le développement économique et social peut procéder indépendamment de la réalité, du développement et du rayonnement culturels d’une société.

Pourtant, il est de plus en plus admis, de par ce vaste monde, que les arts et la culture constituent une partie intégrante – et quelquefois déterminante – non seulement du développement des individus, mais aussi des collectivités, notamment des régions et des villes.
Et, le Québec ne fait pas exception, bien au contraire. Vous me permettrez de vous épargner ici la plate comptabilisation des emplois et des retombées économiques directes et indirectes, reliés à l’incroyable foisonnement des arts et de la culture au Québec. Mais, il suffit de songer un instant au fait que nos artistes brillent sur les grandes scènes du monde, que le soleil ne se couche plus sur l’empire de cirque qui porte son nom, que des quantités impressionnantes d’oeuvres cinématographiques, théâtrales, musicales, télévisuelles, opératiques, médiatiques, littéraires et autres, créées et produites ici, circulent et passent la rampe partout sur la planète, pour se rendre compte – en toute lucidité – que nous performons à un degré qui surprend les observateurs les plus avisés et les plus critiques.

Pour l’heure, il n’y a pas de commune mesure entre notre réalité démographique, nos capacités financières et notre niveau de création, de production, de diffusion et d’exportation de manifestations et de produits artistiques de très haute qualité, d’une authentique singularité et d’une portée souvent universelle. Ici nous ne sommes pas en perte de vitesse. Si ça se trouve, nous sommes presque en crise de croissance et nous sommes trop fréquemment orphelins de plans d’affaires bien articulés susceptibles de transformer l’art en or et nous dilapidons trop souvent le talent et le génie, faute de le reconnaître et de le financer à temps.

Comme c’est le cas pour l’eau potable, les Québécois tiennent malheureusement pour acquis la créativité et la virtuosité de nos artistes, dans un monde pourtant de plus en plus assoiffé, et de plus en plus en quête de contenus culturels qui ne répondent pas aux stricts diktats commerciaux, américains ou autres. Nous possédons des actifs rares et en demande, mais nous tardons à les faire fructifier.

Les signataires du manifeste dénonçaient à juste titre la tyrannie du consensus, l’attachement quasi atavique aux traditions et l’immobilisme institutionnel qui hypothèquent encore le Québec. Pourtant, ces mécanismes de blocage sont précisément ceux que remettent en question et qu’enrayent allègrement nos meilleurs artistes, et cela, depuis que Borduas et ses complices ont braqué leurs torches lumineuses et décapantes sur un Québec englué dans une noirceur qu’on a qualifié — de grande.

L’accession du Québec à la modernité a été annoncée et facilitée par nos artistes et il en est déjà de même pour son inscription réussie dans un monde globalisé, technologique et hautement métissé.

Les défis démographiques qui confrontent le Québec sont réels et éminemment préoccupants. Toute stratégie de développement économique, culturel ou social doit solidement prendre en compte ces défis, sinon nous multiplierons les rendez-vous manqués et les échecs douloureux.

Je n’ai aucune hypothèse sérieuse à vous soumettre pour stimuler la natalité même si je reste convaincu que la promesse d’un avenir meilleur incite davantage à faire des enfants que le défaitisme et la grisaille. Par définition, les arts et la culture sont des vecteurs de civilisation et d’avenir. Il faut donc y prêter aussi attention dans cette perspective.

Je sais que plusieurs démographes nous mettent en garde contre la pensée magique qui consiste à penser que l’immigration pourrait compenser notre sous-fécondité, mais quand même…

Aussi, comme Montréalais, je ne peux pas ne pas insister sur les enjeux cruciaux de l’immigration et l’interculturalité puisque c’est ici que tout se joue. Notre île accueille plus des trois quarts des ressortissants étrangers qui choisissent le Québec — qui changeront malheureusement d’idée après un certain temps : dans une proportion, beaucoup trop élevée, d’au moins 20 %.
Notre avenir repose, plus que jamais, sur l’ouverture sur le monde, sur une ouverture authentique, qui va jusqu’à la reconfiguration des transactions et des échanges culturels sur son propre territoire – et en particulier dans cette ville, et, évidemment au niveau de son rayonnement continental et mondial.

Or, nous tentons d’articuler depuis un certain temps déjà une approche différente du reste du Canada et qui nous outillerait pour relever les défis d’attraction et d’inclusion qui nous interpellent de toute urgence comme tant d’autres sociétés. Nos politiciens et nos institutions parlent de plus en plus d’interculturalité et de diversité.

Mais, comment passer des discours souvent angéliques à cette reconfiguration positive et dynamique de notre développement culturel ? Je soumets qu’une partie de la réponse repose dans une nouvelle valorisation de la création artistique que recèle le Québec, non pas telle qu’elle était il y a 40 ans, mais telle qu’elle est aujourd’hui.

L’interculturalité valorise l’échange entre les cultures. Elle suppose une dynamique quotidienne où les institutions de la société donnent et reçoivent et acceptent des apports nouveaux qui les transforment. Il y a donc une évolution progressive vers un nouvel état de la société et ainsi, un nouvel état de la culture. Si l’approche interculturelle favorise d’emblée l’inclusion et la cohésion sociales, elle peut aussi permettre la mise en valeur de talents, de sensibilités et de créativités nouvelles qui s’expriment dans une activité artistique originale qui devient le fruit d’une authentique diversité.

Il ne s’agit plus de choisir simplement entre l’intégration des immigrants à une culture déjà existante et presque prédéterminée ou un encouragement systématique à la folklorisation de cultures d’origine qui sont elles aussi en transformation, au Canada, nous en sommes au point où nous subventionnons des compagnies qui pratiquent la danse traditionnelle ukrainienne qui n’existe plus qu’ici !

Par exemple, je dirige une école de théâtre qui a favorisé l’incubation d’un artiste exceptionnel comme Wajdi Mouawad et je sais pertinemment qu’on ne fabrique et n’impose pas quelqu’un comme ça, mais qu’on peut en soutenir intelligemment le développement et l’envol.

Quand Wajdi Mouawad écrit, met en scène ou dirige un théâtre, il ne produit pas de la culture libanaise. Son travail de création artistique participe pleinement à l’évolution de la culture sinon québécoise, du moins montréalaise.

Je suis convaincu que nos universités, nos écoles d’art, nos institutions culturelles et, plus largement, notre système culturel, peuvent et doivent favoriser l’émergence, le déploiement et la reconnaissance de projets, de visions, de pratiques et de manifestations artistiques originales. Ces projets seront formulés par des artistes aux origines ethnoculturelles diverses et qui transformeront inévitablement les mouvances culturelles du Québec. Le Québec pluriel, inclusif et ouvert sur le monde dont nous devons nous réclamer, et que nous devons façonner pour relever le défi de l’immigration, peut être illustré, célébré et déployé grâce à un développement culturel stimulé par nos artistes, y compris nos artistes issus de la diversité.

Et ici, il faut porter beaucoup d’attention aux nouveaux arrivants et à la génération montante. Surtout à Montréal, la relève artistique est formée de jeunes dont les origines, les expériences, les identités superposées, les connaissances, les préférences, les ancrages et les réseaux, sont mille fois plus diversifiés et maîtrisés que lorsque nous étions jeunes. Cette richesse est à portée de main. Vraiment.

La simple hypothèse que des investissements humains, institutionnels et financiers supplémentaires en culture puissent influencer positivement notre évolution démographique devrait suffire à retenir l’attention des pouvoirs publics et privés.

Merci.

Simon Brault, président
Culture Montréal

Documents to download:
Speech CM – Simon Brault Demografic and intercultural challenge (19-10-2006) (113 kb)

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