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01.12.0206 SPEECH – Enjeux de gouvernance et de positionnement des villes

Culture Montréal Chair Simon Brault talks about the importance of governance and positionning for cities. Held in parallel of ” La ville mise en scène “, a conference by the Entretiens Jacques Cartier.

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Mesdames et Messieurs bonjour,

À la fois conséquence et facteur d’accélération de la mondialisation, la fulgurante montée des villes pose à ces dernières des enjeux de reconfiguration aussi pressants que complexes — et cela, dans tous les secteurs d’activités, y compris en matière de développement culturel.

Puisque ce sont d’abord les grandes villes (1) qui gagnent et qui perdent, à la marge, sous l’impact des flux migratoires et des transformations accélérées de l’économie mondiale, ces agglomérations urbaines concentrent désormais les immenses potentialités et les problématiques aiguës à partir desquelles il faut repenser l’avenir de notre civilisation. Je fais ici référence aux enjeux reliés à l’écologie, à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion ou à l’interculturalité pour ne nommer que ceux-là. Les grandes villes ayant été historiquement à l’origine de la formation des États, ensuite mises dans une relative subordination aux gouvernements nationaux — surtout quand elles n’étaient pas également des capitales politiques —, elles redeviennent maintenant les véritables moteurs du développement des régions, des nations et des continents.

Par ailleurs, il faut constater que de plus en plus d’entre elles choisissent les arts et la culture comme vecteurs privilégiés d’un nouveau développement, et comme emblème d’une identité ou d’une personnalité qu’il s’agit d’affirmer et de décliner stratégiquement, en vue d’atteindre des niveaux plus élevés d’attractivité et de rayonnement.

Évidemment, c’est surtout dans les métropoles (2) qu’on retrouve les grandes institutions et les infrastructures majeures de formation, de création, de production, de conservation et de diffusion artistiques et culturelles. C’est dans les grands centres urbains que s’interpénètrent le secteur non lucratif et le secteur commercial, que l’invention et l’innovation artistiques jaillissent, sans crier gare, de la rue, des microcellules de création, des institutions de toutes tailles ou de l’industrie culturelle. C’est aussi là que les courants artistiques parviennent à interpeller, et souvent à outrepasser, les générations, les langues, les ancrages et les barrières ethnoculturels, les clivages économiques, les disciplines, les savoir-faire et les couloirs esthétiques. Et c’est dans les cités densément peuplées, très cosmopolites et hautement diversifiées qu’on retrouve toujours les conditions les plus favorables au foisonnement artistique le plus débridé et, éventuellement, le plus signifiant sur le plan culturel, sociologique et économique.

En matière de développement culturel, comme dans nombre d’autres domaines, les politiques et les décisions qui étaient auparavant le résultat d’initiatives quasi unilatérales des gouvernements nationaux, sont progressivement déconcentrées, décentralisées, et confiées aux villes et aux régions. On serait donc en train de passer du national au local, puis du local au régional et à l’international. L’autorité, la verticalité, la distanciation et la spécialisation, qui présidaient à la confection des politiques et des mécanismes de gouvernance culturelle, sont progressivement remplacées par une inclination favorable à une réelle territorialité, une concertation locale des acteurs individuels et institutionnels et une proximité démocratique qu’il reste toutefois à appréhender pleinement. Il n’est donc pas étonnant que des voix s’élèvent, notamment en France, pour décrier le fait que l’État a trop concédé et qu’il est devenu presque impossible d’élaborer des politiques nationales sectorielles. Le sort réservé au British Arts Council dont on vient de décapiter les directions disciplinaires, sous prétexte que les régions sont maintenant suffisamment outillées, laisse d’ailleurs songeur.

Mais, même s’il y a des grincements, des ratés et des dérapages, force est de constater que la montée des grandes villes et leurs interactions transnationales, tantôt sous le mode de la concurrence, tantôt sous celui de leur mise en réseaux, va continuer de forcer un transfert important des prérogatives culturelles des états en leur faveur.

À cet égard, je me permets de citer une étude des chercheurs Mario d’Angelo et Paul Vespérini, récemment publiée par les Éditions du Conseil de l’Europe, qui indique trois conditions pour qu’une ville ou une région soit en mesure de jouer un rôle culturel fort :

1. Une autorité politique autonome et des prérogatives culturelles reconnues;
2. Une marge de manœuvre financière;
3. Une capacité stratégique d’organisation de sa sphère d’influence dans le secteur culturel.

Je ne souhaite pas discuter ici spécifiquement de financement, mais je note que cette même étude souligne que les villes qui aspirent au statut de métropole culturelle dépensent entre 10 % et 20 % de leur budget pour les arts et la culture. Par ailleurs, les villes qui ont une certaine autonomie fiscale s’en tirent mieux, ce qui est aussi vrai pour celles qui bénéficient des retombées directes liées à leur statut de capitale politique  : soit la présence sur leur territoire des grandes institutions, des infrastructures majeures, etc. Cependant, dans tous les cas, les enjeux reliés à la gouvernance culturelle sont d’une importance cruciale, et la façon dont ces enjeux sont saisis et gérés dans une ville donnée, influencera à la fois son financement et sa capacité à se positionner comme métropole culturelle régionale, nationale et internationale.

S’il faut d’emblée affirmer qu’il n’existe pas de modèle universel ou de recette infaillible pour revoir l’architecture de la gouvernance culturelle des métropoles, il faut tout de même considérer un élément incontournable, soit  : la dynamique entre l’affirmation d’une centralité sur le territoire urbain et la décentralisation de prérogatives culturelles des gouvernements supérieurs au profit des métropoles.

À cet égard, la constitution d’un seul grand organisme (agence, service, conseil, secrétariat, institut, etc.), qui regroupe l’ensemble des fonctions reliées au soutien des arts et de la culture, y compris le patrimoine et les industries culturelles, et qui favorise une interaction maximale des institutions et des individus engagés dans le développement culturel à l’échelle de la ville, apparaît comme une réponse possible au besoin de centralité, lors de l’élaboration et de la mise en œuvre des politiques et des plans culturels d’une métropole.

À l’inverse, la fragmentation des instances de décision et de concertation, le saupoudrage des crédits et l’attribution de responsabilités culturelles partielles et contradictoires à des instances administratives régionales — ce dont une ville comme Montréal souffre maintenant plus que jamais — conduisent à la cacophonie sur le plan stratégique, à l’incapacité de voir venir et de saisir les opportunités de développement et, à long terme, à l’essoufflement, sinon au désengagement des individus et des institutions. Cela est désastreux, si l’on songe que la pleine mobilisation de ces derniers est une condition sine qua non au foisonnement créatif exceptionnel et porteur de rayonnement métropolitain.

La création d’un organisme dont l’empattement couvre tout le continuum culturel (formation – création-production-diffusion) et qui dispose de pouvoirs indiscutables et de ressources financières adéquates et en croissance, provenant des gouvernements supérieurs, de la municipalité et du secteur privé de la ville, est évidemment une façon de décupler le pouvoir d’influence dont dispose une métropole. Les règles de gouvernance d’un tel organisme doivent permettre de réunir les forces vives qui façonnent le développement artistique et culturel de la métropole : d’abord sur son territoire, au profit de ses citoyens (dans un objectif de démocratisation), puis des visiteurs (pour le tourisme culturel). Enfin, dans une logique d’attractivité et de rayonnement, un tel organisme central doit rallier également (1) le secteur culturel (artistes-associations-institutions), (2) le milieu des affaires, (3) les représentants des gouvernements supérieurs et de leurs ministères et sociétés d’état « culturels » et (4) les représentants du pouvoir municipal et de son appareil.

Évidemment, on peut dès lors envisager des financements mixtes, étatiques, municipaux, paragouvernementaux, publics et privés.

Par ailleurs, la constitution d’une gouvernance locale forte et crédible pour optimiser le développement du secteur des arts et de la culture ne doit pas conduire à la « ghettoïsation » de la dimension culturelle. Au contraire, il faut se préoccuper d’une prise en compte essentielle et obligatoire de la dimension culturelle dans toutes les décisions de planification et de mise en œuvre prises par la ville. Le succès et l’influence de l’organisme ou de l’agence qui voit au développement culturel dans la métropole se mesurent aussi dans sa capacité de générer une synergie entre tous les secteurs d’activités. Ici, le parallèle entre culture et écologie mis en lumière par l’Agenda 21 de la culture est particulièrement inspirant.

Je conclus en soulignant que si la gouvernance culturelle constitue un enjeu de taille, elle ne doit pas pour autant gommer un autre enjeu encore plus fondamental : celui du leadership, tant au sein de la classe politique, qu’au sein des milieux culturels et des affaires. La gouvernance traite des systèmes qui permettent le plein exercice de leaderships qui se rencontrent, se confrontent, négocient et s’allient pour créer de nouvelles dynamiques autrement impensables.

Merci.

Références (Source : Wikipédia)

1- 50 % de la population mondiale vit dans les villes, dans les pays développés cette proportion atteint 75 %. Si moins de 4 % des humains vivent dans des mégapoles (10 millions et plus), on compte aujourd’hui 402 villes regroupant entre 1 et 5 millions d’habitants et 433 villes entre 500 000 et 1 million d’habitants.

2- Si on se réfère à l’histoire étymologique du terme métropole, on arrive à la définition suivante tirée du Dictionnaire historique de la langue française du Robert : ” Métropole est un nom d’emprunt (XIIIe – XIVe siècles) au bas latin metropolis capitale d’une province (IVe siècle), ville d’un siège épiscopal (av 420) et métropolite (VIe siècle). Le latin est pris au grec mêtropolis littéralement ville-mère, de mêtêr, métros- mère de la même racine que le latin mater – mère et polis – ville, police, politique. Mêtropolis a pris la valeur de ville qui a fondé ou colonisé d’autres villes et ville principale, capitale. Le mot a été introduit en administration religieuse avec le sens de ville ayant un siège épiscopal (…) Depuis 1701, métropole désigne une grande ville de province, quelquefois avec le sens figuré de centre le plus important de […] Il désigne aussi l’État considéré par rapport à ses colonies (1748, Montesquieu) à des territoires extérieurs (on recourt parfois à son équivalent mère patrie).

Le terme de métropole (du Grec mêtêr, mère, et polis, ville) a plusieurs acceptions :
• dans l’Antiquité, la ville d’origine des fondateurs d’une colonie (exemple Phocée est la métropole de Massalia).
• un État considéré sans ses colonies extérieures, départements et territoires d’outre-mer ;
• la capitale politique ou économique d’un état ou d’une région ;
– en France, le terme métropole d’équilibre désigne dans les documents relatifs à l’aménagement un grand centre urbain provincial pouvant contrebalancer Paris ;
• pour l’Église, le chef-lieu d’une province ecclésiastique où siège l’archevêque métropolitain;
• à l’échelle planétaire, une ville de plusieurs millions d’habitants (l’ONU retient le chiffre de huit millions) regroupant d’importants centres de décision, de gestion ou de transport (on parle dans ce cas plutôt de mégapole);
• le centre d’influence principal d’un domaine particulier, par exemple, la métropole du cinéma).

Échelle nationale
Une métropole à l’échelle nationale correspond le plus souvent à la ville qui se situe en tête du réseau urbain national.

Il existe différents cas de figure :
• certaines métropoles, comme Paris, Londres, Casablanca, ou Athènes, occupent une position tellement démesurée par rapport aux villes qui les entourent qu’on parle de réseaux urbains macrocéphales (du grec, signifie grosse tête) dominés par une ville primatiale.
• d’autres pays connaissent un réseau bicéphale (à deux têtes) comme l’Italie (avec Rome et Milan) ou l’Espagne (avec Madrid et Barcelone) ou encore la Suisse (avec Genève et Zürich).
• au contraire, certains pays disposent d’un réseau urbain plus équilibré : c’est le cas, par exemple, de l’Allemagne, du Canada ou des États-Unis qui sont des états fédérés. De plus, aux États-Unis d’Amérique et au Canada, certains états ou provinces possèdent une capitale et une métrople distinctes, l’une politique et administrative et l’autre économique et industrieuse. Sur la côte du Nord-Est, par exemple, Albany et Québec sont respectivement capitales de l’État de New York et de la Province de Québec, tandis que New York City et Montréal sont des métropoles.

Échelles régionale et mondiale

L’acception du terme métropole pour désigner le lieu où se trouvent centralisées certaines fonctions importantes, notamment économique, sociale, politique et culturelle dépend de la perspective de ceux qui se situent en périphérie.

À l’échelle d’une région, c’est une agglomération urbaine (par exemple une capitale régionale ou nationale), tandis qu’à celui par exemple des territoires d’outre-mer de la France c’est la partie eurocontinentale de l’hexagone.

Documents to download:
Speech CM – Simon Brault EJC (01-12-2006) (123 kb)

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