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28.11.2013 LA CULTURE DE LA DIVERSITÉ COMME CREUSET D’UNE MÉTROPOLE DU 21e SIÈCLE

Carte blanche à Simon Brault dans la revue TicArToc de Diversité artistique Montréal, novembre 2013

 

Je l’avoue d’emblée : j’aime passionnément Montréal et rien ni personne ne réussirait à refroidir mes ardeurs à son égard. Même quand son ciel s’assombrit à cause d’une économie chancelante ou quand l’actualité est aspirée par les pires malversations de certains élus et fonctionnaires, je demeure fasciné par la lumière, la créativité et la résilience qui émanent de tous les pores de ma ville. J’aime passionnément Montréal à cause de ses citoyens et de tous ceux qui y ont trouvé refuge, qui sont de passage ou qui rêvent de venir s’y établir.

Le charme inaltérable de cette ville réside sans doute beaucoup dans son parti pris de longue date pour la convivialité, dans son impétueuse vitalité artistique et culturelle et dans sa nonchalance assumée. Montréal n’est pas clinquante, même quand elle décide de s’afficher et de briller. Montréal refuse la mégalomanie, même quand elle choisit la démesure le temps d’un projet ou d’un moment de célébration. Montréal n’est ni monochrome, ni uniforme.

Montréal vit la diversité depuis toujours et cette culture qui la caractérise constitue son actif le plus précieux, celui qui recèle les plus grandes possibilités pour son avenir comme métropole. Montréal vit et vivra de plus en plus de la diversité.

Il faut cependant ne jamais perdre de vue que cette culture spécifiquement montréalaise de la diversité est vivante, presqu’insaisissable, jamais figée et, surtout, jamais acquise une fois pour toutes. Elle doit donc être nourrie, actualisée, affirmée, protégée et défendue avec acharnement, comme on défend un trésor rare, convoité et difficilement remplaçable.

La longue marche vers plus de diversité et de tolérance se continue sans interruption mais, faut-il le rappeler, nous marchons souvent sur un fil mince, balloté  par les vents imprévisibles et capricieux des quêtes d’identités linguistique, religieuse et culturelle qui ont façonné l’histoire de la ville et qui se multiplient et se complexifient à l’heure de la globalisation.  Les questionnements et les débats qui accompagnent ces quêtes, si houleux soient-ils, peuvent et doivent déboucher sur davantage de créativité et, paradoxalement, vers de nouveaux équilibres, mais cela nécessite une attention constante envers ce qui est encore fragile et en émergence et, surtout, ce courage de s’adapter et de se réinventer qui passe par des décisions et des actions concrètes.

Il en va ainsi, par exemple, pour ce qui est de la diversité dans les pratiques artistiques professionnelles. Apparue progressivement dans un milieu encore jeune et dont les origines sont beaucoup plus morcelées que ne le laissent croire les apparences, cette diversité artistique montréalaise perce et s’affirme en dépit de certaines résistances. Elle est à la fois le reflet de notre société métissée et le moteur de création et de renouvellement d’une vie culturelle authentique capable d’interpeller et d’engager toutes celles et ceux à qui elle doit appartenir. Cette nouvelle phase repousse nécessairement les frontières anciennes de l’altérité dans une métropole qui est au cœur d’une nation légitimement inquiète de l’avenir de sa langue commune et de pans entiers de la culture qu’elle porte au quotidien comme une preuve de son existence, une condition de son émancipation et le gage de sa présence au monde.

Par ailleurs, dans un écosystème où le soutien à la création des uns est souvent l’affaire pécuniaire de tous, l’équité n’est pas le moindre des soucis. Il est à espérer que la croissance du soutien public à la diversité artistique professionnelle soit aussi comprise comme un écho démocratique et légitime aux mutations démographiques qui reconfigurent profondément la métropole.

La promotion étatique de l’accès aux arts et à la culture est une invention relativement récente dans l’histoire. Les politiques de démocratisation culturelle mises en place après la Seconde Guerre mondiale visaient simultanément l’affirmation des droits culturels des individus et le déploiement à grande échelle d’un projet civilisateur, aux lendemains d’une noirceur sans nom. Formidables outils de communication et d’éducation, ces politiques ont intentionnellement contribué à forger, au Québec, une certaine idée de ce que nous sommes et de notre place dans le monde. Le poids du choix historique d’une démocratisation culturelle au service d’une identité et d’un espace national- choix inspiré en partie du modèle français- n’est sans doute pas étranger à certaines difficultés objectives et sans doute passagères que plusieurs artistes de la diversité rencontrent présentement dans leur recherche de soutien financier public. Ici comme dans de nombreux pays, une grande partie de l’écosystème artistique et culturel soutenu par l’État est en effet encore résolument occidental et en cela, porteur d’histoire, de traditions et d’approches qui ont des résonnances moins précises pour une portion grandissante de la population des grandes villes.

La nécessaire et progressive refondation des politiques culturelles et des mécanismes de financement qui en découlent est un phénomène international et les gouvernements et l’administration municipale n’y échappent pas. L’enjeu de la diversité, comme ceux reliés aux impacts de la technologie, au ralentissement prolongé de la croissance économique et à la montée de nouvelles générations, sont donc plus largement débattus, soupesés et considérés avec l’intention d’ajuster des politiques, programmes et pratiques qui sont restés pour l’essentiel inchangés depuis plus d’un demi-siècle. Ces perspectives de changement sont à la fois anxiogènes pour certains et porteuses d’espoir pour d’autres. Il faut donc faire preuve d’empathie, d’écoute, de mesure, de prudence et de courage dans la négociation du changement. Mais il faut surtout rester en phase avec les mutations sociologiques qui s’opèrent pour éviter un isolement et une marginalisation accrus du système culturel subventionné par rapport à la réalité vécue par la grande majorité de citoyens.

C’est pour cela que l’on s’attarde davantage sur la question de la participation citoyenne comme dimension du développement culturel. À cet égard, il faut noter que de nombreuses études démontrent l’existence d’une imbrication profonde des arts et de la culture dans le quotidien et la dynamique communautaire des populations immigrantes des métropoles. Souvent davantage ritualisés qu’institutionnalisés, les arts et la culture s’y expriment tant à travers des œuvres professionnelles que des pratiques non professionnelles dans des lieux publics et des espaces communautaires, au cœur de la vie des résidents. Plusieurs témoignages et études de cas en provenance des États-Unis ou d’ailleurs sont riches d’enseignements sur la dimension relationnelle des arts et de la culture comme piste d’avenir pour notre propre vitalité culturelle. Souvent identifiées comme « non-publics » parce que davantage absentes des salles de spectacles, les populations immigrantes n’en sont pas moins culturellement et artistiquement actives, et rejoignent en cela une autre transformation qui secoue profondément nos modèles traditionnels.

Les avancées technologiques ayant permis l’apparition successive de la radio, de la télé et de l’Internet permettent un développement culturel phénoménal et poursuivent leur course en créant de nouvelles opportunités qui bouleversent le rapport entre artistes professionnels et spectateurs, entre créateurs et citoyens. Ces derniers, toutes origines confondues, possèdent dorénavant des outils qui leur permettent d’échafauder pour eux-mêmes, en dehors des lieux de diffusion et des espaces de légitimation traditionnels, un paysage culturel accessible, hybride, de plus en plus interactif et participatif. Il s’agit là d’un nouveau pouvoir, formidable. Dans les faits, s’installe un vaste laboratoire où il est plus que jamais possible d’innover et de se réinventer sur tous les fronts, y compris sur celui de la diversité.

Les artistes de la diversité s’inscrivent en effet au même titre que tous les autres artistes dans un  ensemble où se côtoient le très petit et le très grand, l’artisanal et l’industriel, l’underground et le mainstream… Mais ce que les mutations technologiques nous annoncent, ce que la fréquentation stagnante des lieux de spectacle nous laisse croire et ce que certains aspects de la vie culturelle des communautés immigrantes nous enseignent, c’est que la dimension relationnelle qui met en présence artistes et citoyens arrive à un jalon marquant, et qu’il est plus que jamais nécessaire de jeter un regard attentif sur les fondements ancestraux du geste créatif et du sens qu’on lui prête.

Car en dehors des contextes sociologiques, des arguments économiques et des prérogatives politiques ou professionnelles, que cherche-t-on depuis toujours dans le contact avec les arts et qui permet leur pérennité au fil des siècles? Sans doute quelque chose comme un réconfort de l’âme ; le plaisir d’être ensemble, le frisson que procure le geste ancien de se rencontrer par centaines en un seul lieu ; le partage d’un moment fugace et intense, riche d’humanité.

Le prochain chapitre du grand livre des politiques culturelles publiques portera sans doute sur le rapport entre arts, culture, patrimoine et développement humain. Montréal est fin prête pour contribuer à sa rédaction avec audace et imagination.

 

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