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03.10.2013 REVUE DE PRESSE – Prendre la culture au sérieux

Christophe Huss, Le Devoir, 3 octobre 2013

Organiste, compositeur, pédagogue, Bernard Foccroulle dirige depuis 2007 le Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence. De passage à Montréal cette semaine, ce passionné de la transmission de la culture constate que, malgré l’extraordinaire niveau de ses talents artistiques, « il manque une ou plusieurs colonnes vertébrales » à la métropole québécoise sur le plan culturel.

«Ce qui me frappe ici, c’est l’extraordinaire niveau des talents artistiques dans un contexte où la culture ne semble pas être prise tout à fait au sérieux. » Bernard Foccroulle, qui « rêve pour Montréal de politiques plus affirmées dans le domaine culturel», ne brigue pas la mairie. Mais les propos du directeur du Festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence résonnent fort au lendemain d’un débat où les candidats à la mairie de Montréal se sont montrés frileux à l’idée de faire passer le budget du Conseil des arts de Montréal de 12,5 à 20 millions de dollars, soit 0,004 % du budget global de la Ville !

Bernard Foccroulle, organiste, compositeur, pédagogue et directeur du Festival d’Aix-en-Provence, est accueilli cette semaine par l’Université de Montréal qui lui remettra vendredi un doctorat honoris causa. Mais Le Devoir a rencontré ce créateur, gestionnaire et penseur surtout en raison de sa passion pour la transmission de la culture.

Front commun

Des deux côtés de l’Atlantique, la problématique est la même, aux yeux de M. Foccroulle : « Le monde de la consommation progresse et impose des standards qui ne vont pas dans le sens de la diversité culturelle et de l’accès aux cultures de qualité. » Or, à ses yeux, « dans la perspective d’une politique qui s’occupe de la chose publique dans toutes ses déclinaisons, la culture et la culture vivante doivent occuper une place importante ».

Les dynamiques changent : « Regardez, les meilleurs exemples nous viennent de ce qu’on appelait jadis le tiers-monde. » Bernard Foccroulle évoque le Venezuela avec son programme musical El Sistema pour les jeunes des milieux défavorisés, l’Afrique du Sud avec la pratique chorale de masse et la Chine et le développement des conservatoires. « Bizarrement, c’est le Vieux Continent et l’Amérique du Nord qui sont aujourd’hui en train de se rétrécir sur ce point, au lieu de prendre la mesure de leurs atouts. »

En visite depuis le début de la semaine, Bernard Foccroulle constate qu’à Montréal, « il manque une ou plusieurs colonnes vertébrales » sur le plan culturel. Allait sauter forcément aux yeux de l’ancien directeur du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles « la question de l’opéra à Montréal, c’est-à-dire l’absence d’une structure solide et emblématique qui se consacre à la question de l’opéra dans les grandes, mais aussi dans les petites formes ». Le hiatus est d’autant plus net « quand on considère la quantité et la qualité des chanteurs » d’ici.

Pour lui, la frilosité est mauvaise conseillère : « Nous avons réalisé une étude au Festival d’Aix, où il apparaît que 1 euro investi par les pouvoirs publics entraînait des retombées de 10 euros. L’Opéra de Lyon a fait la même étude avec des chiffres très positifs et un rapport de 1 à 3. Même d’un point de vue purement matérialiste, investir dans la culture est un bon investissement. »

Foccroulle se demande pourquoi, dans un pays qui est certes sur le continent américain, mais qui a préservé un lien fort avec la culture européenne, « il n’y a pas une sorte de déclic pour que les pouvoirs publics fassent de la culture l’un des enjeux de leur soutien au bénéfice de l’ensemble de la population ». Il prend exemple sur Bilbao, « qui s’est servi de la culture pour redémarrer », ou Lille, capitale culturelle européenne en 2002, « qui a retrouvé une fierté, une convivialité et une image forte sur la scène internationale ».

On sent que les bras de Bernard Foccroulle lui tombent lorsqu’il voit qu’il a fallu attendre la création du Festival d’opéra de Québec pour que Robert Lepage présente ses spectacles lyriques dans son propre pays. « Toutes les productions de Robert Lepage ou de François Girard devraient être vues à Montréal. Il est capital pour les villes d’avoir en main les clés de leur destin, et la culture est essentielle pour l’image d’une cité. »

Quel public ?

Tout ceci ne vaut que si on travaille en parallèle à démocratiser la culture. « Une vraie politique culturelle n’est pas seulement une politique institutionnelle. Il faut relier le travail des institutions avec le monde associatif et créer des moments de convivialité dans l’espace public. »

Pour Bernard Foccroulle, « un îlot tout seul ne suffira pas à aller à contre-courant. Par contre, si beaucoup d’institutions, beaucoup d’intellectuels, beaucoup d’artistes, de responsables des médias multiplient des expériences, cela va être intéressant. » Alors que la place de la musique à l’école a beaucoup diminué, il constate que « tout ce qui est offert aux enfants et aux familles en matière de participation à la vie culturelle en général est très apprécié », et que la musique classique et l’opéra en particulier y ont un potentiel d’attraction beaucoup plus fort que ce qu’on pense communément.

Il ne croit pas « au programme artistique destiné à 1000 jeunes qu’on regroupe quelque part » et souligne la nécessité de « nouer une relation personnalisée avec des écoles, des associations, y compris issues de l’immigration, des hôpitaux, etc. ».

Bernard Foccroulle sera aussi ce jeudi en concert à l’orgue de la cathédrale Christ Church, et l’une de ses compositions sera au programme du concert gratuit de l’Orchestre de l’Université de Montréal, samedi soir à l’église Saint-Jean-Baptiste.

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« Prendre la culture au sérieux »
Christophe Huss, Le Devoir, 3 octobre 2013
http://www.ledevoir.com/culture/musique/389041/prendre-la-culture-au-serieux

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