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13.10.2012 REVUE DE PRESSE – Mort, le club vidéo?

Catherine Lalonde, Le Devoir, 13 octobre 2012

 

La culture prend désormais des chemins différents pour se rendre jusqu’au consommateur-spectateur, qui a lui aussi changé ses habitudes

 

Alors que le téléchargement de films prend de l’ampleur, le club vidéo a-t-il encore un avenir? Le Devoir et l’Office national du film (ONF) proposent un dossier sur les clubs vidéo et sur les changements dans la diffusion de la culture.

Est-ce la mort du club vidéo ? Est-ce que, comme le groupe The Buggles en 1979 avec sa populaire chanson Video Killed the Radio Star, on ne se retrouve pas à chaque nouveauté technologique à hurler au deuil d’un art et d’une époque ? « On manque de recul historique, estime effectivement Anouk Bélanger, professeure en sociologie à l’UQAM et spécialiste des médias et de la culture de masse. Parce que, du point de vue du marché et des ventes, tu veux convaincre le consommateur d’acheter telle nouvelle technologie, car l’ancienne est morte. » Avec Christian Poirier, professeur-chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique et spécialiste du cinéma québécois et des industries culturelles, elle a pensé pour Le Devoir la mort du club vidéo. « Le club vidéo est-il vraiment, irrémédiablement en déclin ? demande Poirier. Blockbuster a disparu, mais un nouveau dispositif s’est mis en place. Avec le numérique, de nouveaux intermédiaires viennent prendre la place des anciens, comme dans le cas de la plateforme Internet Netflix. »

Made in Québec

Les clubs vidéo au Québec ne sont pas subventionnés, seul maillon de la chaîne cinématographique à n’avoir aucun soutien public. « Et le club vidéo peut être remplacé par d’autres dispositifs, poursuit Christian Poirier. Là où c’est problématique, c’est qu’en cinéma, par exemple, ce qui remplace – Netflix, encore – est une plateforme où, dans la section cinéma canadien, les oeuvres québécoises n’ont à peu près aucune vitrine. » Seule la série Les Parent, cette semaine, était présentée par Netflix comme contenu québécois. « C’est la même chose pour la musique : on n’a pas d’agrégateurs de contenus locaux. En Europe naît un projet où plusieurs pays se réunissent pour mettre en commun le cinéma européen indépendant. » Seul le Projet Éléphant de Québecor peut y ressembler : le groupe investit 2,5 millions pour restaurer, numériser et rendre accessible, mais seulement sur Illico, l’ensemble des longs-métrages québécois. « C’est une forme de privatisation. Normalement, ç’aurait dû être à la Cinémathèque québécoise de réaliser ce mandat. Mais la Cinémathèque arrive à peine à survivre. »

Anouk Bélanger abonde : « L’Office national du film n’a même pas les fonds pour conserver la banque de documentaires québécois. Alors avant que leur site devienne une plateforme ou un agrégateur… En même temps, puisque le club vidéo n’est pas financé, on y voit un très gros pourcentage de films américains. Je ne crois pas que la disparition du club vidéo va contribuer à un désintérêt du cinéma québécois : ce n’est pas ce que les clubs prônaient de toute façon. Les plus gros, les plus présents, les moins chers étaient abreuvés de cinéma américain. Les jeunes actuellement consomment, et consomment beaucoup, donc beaucoup de choses qui viennent de partout dans le monde. La question, c’est comment donner aux gens le goût des trucs produits ici ? Le fait que les jeunes vont aller chercher leurs films sur Internet ne veut pas dire qu’ils vont écouter moins de québécois. »

 

Le contenant d’abord

La culture se fait donc et se diffuse, études à l’appui, autant qu’avant. Mais elle prend désormais des chemins différents pour se rendre jusqu’au consommateur-spectateur, qui a lui aussi changé ses habitudes. La nouvelle donne, soulignent les deux penseurs, c’est qu’à l’heure technologique et numérique, le dispositif pour accéder à la culture devient prépondérant, « ce qui est paradoxal alors qu’on est dans du virtuel », commente Christian Poirier. Dans son enquête sur les dépenses culturelles des ménages québécois dévoilée en mai dernier, l’Institut de la statistique du Québec révélait qu’entre 1997 et 2009, « les ménages québécois ont progressivement augmenté leurs dépenses pour des produits donnant accès à du contenu culturel (téléviseur, ordinateur, service de téléphonie cellulaire, service Internet, etc.) tout en réduisant leurs dépenses pour les produits culturels eux-mêmes (journaux, revues, achat et location de musique ou de vidéo, etc.) ». Ainsi, si le montant dépensé en culture reste à peu près le même, il se rend de moins en moins aux artistes et aux organismes. Un nouveau schème qui risque d’obliger à repenser le financement de la culture et des arts, ainsi que les conséquences de la fracture numérique, qui pourrait devenir une fracture culturelle.

 

Sortie du jeudi

Maintenant qu’on peut faire venir à soi, via la Toile et les ondes, films, musique et télé, la tendance est de croire que le spectateur sort moins. Le rituel spectacle se perd-il ? « Ce qu’on fait en public et en privé se transforme », soutient Anouk Bélanger. « Quand on regardait la télé il y a vingt ans, on le faisait tous de la même façon, en regardant la même boîte. » Maintenant, il faut plus des doigts d’une main pour compter les différentes manières de visionner. « On ajoute des couches au rituel : on enregistre l’émission, on l’écoute en famille à un autre moment, il y aura deux ados sur leurs ordis en même temps, un qui “ chatte ”, l’autre qui joue : on voit une multiplication des écrans et des activités. La rencontre et le social ont encore lieu, mais les façons sont multicouches et variées. »

Christian Poirier vient de dévoiler l’étude qu’il dirigeait, pour Culture Montréal, La participation culturelle des jeunes à Montréal. « Le concret et la rencontre sont encore extrêmement importants pour les jeunes, et font partie des raisons pour lesquelles ils aiment la culture. Mais le virtuel y est complètement imbriqué. La sortie existe toujours – le ciné du mardi à tarif réduit est prédominant – et elle se fait toujours en groupe. Même qu’il est pour eux impensable d’aller au cinéma seul. Il y a un aspect social, concret, encore très fort, mais qui mêle d’autres écrans. En musique, par exemple, s’ils téléchargent de plus en plus, les jeunes continuent d’aller chez HMV le midi ; pour l’ambiance, pour voir les produits, pour être ensemble… Ils adorent, autre exemple, la Grande Bibliothèque, où il y a du mouvement, du bruit, des livres, des films, une expo sur le manga, et ont du mal avec les musées traditionnels. »

 

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« Mort, le club vidéo? » Catherine Lalonde, Le Devoir, 13 octobre 2012

http://www.ledevoir.com/culture/actualites-culturelles/361376/mort-le-club-video

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