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18.11.2011 Revue de presse – De l’assistance à l’engagement

Frédéric Julien, CAPACOA, 18 novembre 2011

 

La notion d’assistance dans les arts de la scène est-elle en voie de désuétude ?

Au cours du mois d’octobre, deux études importantes et un colloque en sont arrivés aux mêmes conclusions, en l’occurence :

1.    La consommation culturelle – « l’assistance » telle que nous la concevons – se transforme  en raison du nombre croissant de consommateurs qui privilégient des modes actifs de participation dans les arts;

2.    La notion de « lieu » – la salle de spectacle – est aussi remise en question, alors qu’une proportion grandissante de la participation dans les arts trouve lieu dans des contextes informels.    Si ces changements peuvent être perçus comme des perturbations, il n’en présentent pas moins pour les organismes de diffusion des occasions de repenser leur programmation et de concevoir différemment le développement de public. Le spectateur n’est certainement pas en voie de disparition, mais il est définitivement en voie de mutation.

Voici en détail les faits, les constats et les recommandations soutenant ces conclusions.

Étude sur l’engagement dans les arts en Ontario

Étude commandée par le Conseil des arts de l’Ontario et réalisée par WolfBrown.

•    La participation à des activités artistiques sur Internet est un aspect central de la participation des jeunes adultes ainsi que d’un nombre croissant d’adultes plus âgés. Ainsi, 75 % des Ontariens de 18 à 34 ans téléchargent de la musique au moins une fois par année. Par conséquent, les efforts de programmation pour augmenter l’engagement dans les arts chez les jeunes adultes doivent incorporer des outils et des activités sur Internet.

•    Il y a une forte corrélation entre l’âge et l’engagement dans les arts. Bien que les niveaux d’intérêt pour des activités comme les visites de musées d’art soient relativement uniformes entre les groupes d’âge, les Ontariens de moins de 35 ans sont deux fois plus engagés dans des activités de pratique personnelle, comme jouer d’un instrument, que ceux de plus de 65 ans.

•    L’engagement dans les arts est généralement plus élevé chez les Ontariens de minorités visibles. Ce résultat s’explique surtout par une plus grande participation à des activités artistiques dans la communauté et à des activités d’apprentissage des arts et d’acquisition de compétences (comme prendre des cours). En général, pour intéresser les minorités visibles, il faudra miser davantage sur les activités participatives comme des démonstrations et des leçons de danse après les spectacles professionnels.

•    La maison est le milieu principal de participation aux arts. La maison est le milieu prédominant pour les activités de musique (89%), de danse (51%) et d’arts visuels (71%).

•    Bien que les endroits artistiques traditionnels (comme les théâtres, les salles de concert et les galeries et musées d’art) demeurent des milieux courants, de nombreuses activités artistiques ont lieu dans des milieux informels comme des parcs et des espaces extérieurs, des bars et des boîtes de nuit, des centres communautaires et des lieux de culte. les minorités visibles sont davantage enclines à avoir des activités de musique, de théâtre et d’arts visuels dansdes restaurants, bars et boîtes de nuit, indiquant une préférence pour des milieux sociaux et informels.

•    La question de l’«endroit» où a lieu la participation aux arts et de l’importance à accorder aux milieux formels ou informels est une question essentielle que doivent examiner les organismes artistiques lorsqu’ils envisagent leur programmation et le développement du public.  Cela ne brosse qu’un portrait très incomplet de cette étude incontournable. Elle offre bien plus encore, notamment des données pouvant appuyer des activité de promotion des arts.

Cosmopolitisme, jeunesse et environnement numérique : la participation culturelle en mutation

Colloque présenté par Culture Montréal et Culture pour tous, les 3 et 4 octobre 2011.

Voici quelques conclusions du colloque, telles que rapportées par Denis Bertrand, consultant et blogueur [traductions libres].

•    Les jeunes accèdent à l’art en ligne :  – Les jeunes ont recours à la technologie (dont les médias sociaux) pour accéder au monde extérieur et pour sortir de leur voisinage immédiat. Ils vont d’abord chercher leur ration d’art et de culture en ligne et ils y créent et diffusent aussi de nouvelles oeuvres artistiques sans l’aide de qui que ce soit.  – Les médias sociaux sont les outils de communication des jeunes. Ils ne se téléphonent pas ou peu. On ne les joint pas en ayant recours aux médias traditionnels (presse écrite, radio, télé). Il vous faut cependant plus qu’une simple présence en ligne et sur les médias sociaux pour soulever l’intérêt des jeunes : il faut aussi que vous ayez une conversation avec eux.

•    Les jeunes et les communautés culturelles consomment hors des lieux traditionnels de diffusion :  – Avec le numérique, la culture n’est plus quelque chose avec laquelle on a rendez-vous à une date et à heure précises ; la culture est accessible 24 heures par jour, 7 jours sur 7. Les équipements culturels traditionnels (ex., salles de spectacles) ne sont plus les seuls lieux de vie culturelle dans une communauté. Tout espace est potentiellement culturel.  – Les communautés culturelles ont leurs propres réseaux de participation, de création et de diffusion culturelles. Elles ont recours à des lieux publics, tels que des sous-sols d’églises ou des salles communautaires, pour y tenir leurs événements, avec beaucoup de succès.

•    Autres constats :  – Les jeunes sont plus susceptibles de s’ouvrir à d’autres cultures et sont plus aptes de déchiffrer les codes qui les accompagnent afin de mieux y circuler.  – Les jeunes s’intéressent à la culture populaire (la musique, l’audiovisuel, la lecture). Leur intérêt pour les arts classiques se développe plus tard, à l’école et par l’entremise de leur réseau social.

Getting In On the Act: How Arts Groups are Creating Opportunities for Active Participation

Étude commandée par la James Irvine Foundation et réalisée par WolfBrown.

Voir l’article « Engagez-vous… dans l’art », dans Le Devoir, pour un compte rendu en français.

•    La participation dans les arts est en voie d’être redéfinie par les personnes qui choisissent de plus en plus souvent des modes nouveaux, plus actifs et expressifs d’engagement dans les arts. [traduction libre]  Cette étude met de l’avant un continuum de l’implication du public, un modèle en cinq étapes illustrant la progression de l’implication de « l’assistance » – de laquelle le spectateur ne joue qu’un rôle modeste dans le déroulement de l’expérience artistique – jusqu’à un stade où il n’y a plus du tout « d’assistance » traditionnelle, puisque chaque personne participe à la création ou à l’exécution.  L’étude propose aussi un survol de la nouvelle écologie culturelle et fournit plusieurs études de cas représentatives, dans le but de mettre en lumière une pratique grandissante en matière d’engagement participatif.

Qu’est-ce que tout cela implique pour le milieu de la diffusion ?

Parce que les diffuseurs de séries et les festivals oeuvrent aux maillons finaux de la chaîne du spectacle (création – production – diffusion – consommation), ils ont peu de contrôle direct ou indirect sur les modes d’engagement qui impliquent la participation du spectateur dans l’acte de création ou d’interprétation. Ils demeurent toutefois maîtres de leurs choix de programmation et peuvent délibérement rechercher et sélectionner des propositions artistiques faisant appel à la participation du public.  Qui plus est, les organismes de diffusion peuvent choisir comment ils communiquent avec leur clientèle et comment ils développent une relation avec cette dernière – en personne ou par l’entremise des médias sociaux. Ils ont enfin un certain contrôle, plus ou moins grand selon le contexte d’opération, sur le choix de lieu pour la diffusion de leurs activités – incluant les lieux informels. Au final, ils disposent de nombreux outils leur permettant de tirer profit de la transformation de l’assistance en engagement.

De la perspective des agents d’artistes, on peut par ailleurs anticiper des ajustements, voire des rôles à jouer. Ils auront notamment à orienter leurs artistes dans le développement de propositions ayant recours à la participation du public. Ils auront aussi sans doute à collaborer avec les diffuseurs afin de faciliter la tenue d’activités d’engagement autour du spectacle.

Ainsi que le concluait Simon Brault, directeur de l’École nationale de théâtre, lors du débat final du colloque Participation culturelle en mutation : « Il est important d’agir […] Il n’est pas question d’être pour ou contre [l’ère numérique], il est question d’être dans la même conversation que la génération qui nous suit. »

Préparé pour CAPACOA par Frédéric Julien

 

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« De l’assistance à l’engagement »

Frédéric Julien, CAPACOA, 18 novembre 2011

http://www.capacoa.ca/fr/component/content/article/249-from-attendance-to-engagement?lang=fr

 

 

 

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