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03.06.2010 Éditorial – La culture dans le tourbillon de l’actualité… ou dans le collimateur?

Éditorial – La culture dans le tourbillon de l’actualité… ou dans le collimateur?

Tout d’abord, le palmarès des villes culturelles canadiennes publié par le magazine Maclean’s a fait grand bruit à Montréal, laquelle était classée au rang de cancre, loin derrière Victoria et Saskatoon. On est en droit de questionner l’interprétation faite, par Maclean’s, des données compilées par le Conseil canadien sur l’apprentissage pour un tout autre usage que l’analyse de la place occupée par la culture dans chacune des 18 villes étudiées. En effet, d’aucuns s’entendent sur le fait que les dépenses par ménage pour des achats de livres, de billets de spectacle ou d’entrées au musée, ne sauraient constituer à elles seules l’unité de mesure de la vitalité culturelle d’une ville. Car à Montréal comme dans plusieurs villes du Québec, entre autres, un autre modèle de fréquentation culturelle préside. Ce dernier s’appuie évidemment sur les éléments précédemment mentionnés, mais inclut aussi l’indispensable soutien du milieu scolaire à l’éducation en arts; l’offre de formations en loisirs et de pratique amateure; la rencontre entre communauté et créateurs par le biais des médias et des initiatives de médiation culturelle; ainsi que – et c’est là que se distingue avec éclat Montréal – la présence de festivals, de manifestations et de lieux de diffusion dont la programmation culturelle gratuite anime, de manière constante et éminemment dynamique, les espaces publics de la ville. Car Montréal, depuis plusieurs décennies maintenant (l’âge de nos institutions et festivals en font foi), a compris qu’à force d’entendre parler d’arts et de culture et d’y être exposée dans divers contextes, sa population prendrait goût à la rencontre citoyen-artiste dans l’inusité et l’inattendu. Nous avons surtout décidé qu’au-delà des considérations de développement de public, ce modèle où la culture, sous toutes ses formes, investit toutes les dimensions de la vie, incarnait notre sens du partage de la richesse collective. Ce modèle a-t-il rencontré ses limites? Assurément pas. Il n’en demeure pas moins que toutes proportions gardées, notamment quant au coût de la vie dans les grandes villes à l’échelle canadienne et la place de Montréal à cet égard, notre métropole connait depuis plusieurs années une stagnation de fréquentation de ses salles de spectacle et de ses musées. Cette réalité, confirmée dans une certaine mesure par les résultats livrés dans le Maclean’s, nous forcent à accélérer la réflexion sur la nécessaire adaptation des modes conventionnels de diffusion et de mesure de la participation culturelle aux modes de vie et au cosmopolitisme des grandes villes.

Toujours cette semaine, il a été question du remplacement, à Patrimoine Canadien, du Fonds du Canada pour les magazines (FCM) et du Programme d’aide aux publications (PAP) par un nouveau programme, le Fonds du Canada pour les périodiques (FCP), changement qui risque de mettre en péril la survie même de plusieurs revues culturelles au pays.  Le FCP introduit de nouveaux critères de sélection qui désavantagent les petites publications au profit des plus grandes : seules les revues ayant un tirage de 5 000 exemplaires et plus (« vendus ou distribués sur demande ») peuvent désormais recevoir une aide financière de Patrimoine Canada. Un nouveau volet dit « innovation commerciale » a aussi été développé au FCP dans le but d’aider les revues à mieux se promouvoir et ainsi augmenter leur tirage. Un objectif auquel les petites revues culturelles auront de la difficulté à répondre, estime-on à la Société de développement des périodiques culturels québécois (SODEP), puisque la grande majorité d’entre elles fonctionnent avec au mieux un seul employé à temps plein. D’autre part, ces revues s’adressent le plus souvent à des clientèles spécifiques, lesquelles constituent, par essence, de petits marchés.  La SODEP estime que les sommes en jeu totalisent environ 800 000$, un montant dérisoire par rapport à l’ensemble des subventions versées aux éditeurs de magazines. Le gouvernement fédéral invoque les frais de gestion associés à ces programmes, ce qui n’est pas sans rappeler son argumentaire lors de l’abolition des programmes de tournées en arts de la scène en 2008. Au-delà des considérations administratives, les membres de la SODEP et de nombreux acteurs du milieu culturel perçoivent la décision de Patrimoine Canada comme la mise en opposition d’une logique du marché au développement de la créativité et de l’innovation, matières premières de la culture.

Pour en savoir plus et signifier votre appui :    http://www.sodep.qc.ca/  http://www.facebook.com/home.php?#!/sodep.qc.ca?ref=ts

 

Enfin, on présentait cette semaine à la Chambre des Communes le projet de loi C-32 portant sur la Loi sur le droit d’auteur. Si les ministres James Moore (Patrimoine Canadien) et Tony Clement (Industrie) ont centré la nouvelle législation sur la lutte contre le piratage par les entreprises et les individus, des voix des médias et du milieu culturel se questionnent sur le réel poids d’une loi donnant la responsabilité aux compagnies et créateurs de protéger leurs œuvres par le biais de serrures numériques ou d’un jeu de « chat et de la souris » où les distributeurs devront rapporter eux-mêmes les cas de fraude. Dans un autre ordre d’idées, des représentants du milieu culturel demandent que soit étendue la perception des redevances de la copie privée aux enregistreurs audionumériques tels que le iPod et les autres lecteurs MP3 – soulignant avec justesse que cette redevance est déjà perçue à la vente de CD et de DVD, supports qui sont de moins en moins populaires pour le stockage d’œuvres musicales, cinématographiques et télévisuelles. Le projet de loi C-32 doit être débattu en Chambre, et risque de faire couler son lot d’encre. Dans une métropole comme Montréal, où la création artistique, littéraire et audiovisuelle constituent une force et un atout majeurs, les enjeux liés au droit d’auteur sont d’autant plus cruciaux qu’ils touchent les revenus, et la qualité de vie même, d’un pan important de la population. Demeurons donc à l’écoute et prêts à intervenir…

 

Simon Brault

Président de Culture Montréal

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