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Les publications

02.07.2008 Éditorial – Financement privé des arts et de la culture – de nouvelles alliances sont nécessaires entre le privé, le public et le milieu culturel

La revue Relations publie côte à côte les textes de Claude Vaillancourt et de Simon Brault.

Au Québec, la question du soutien privé aux arts et à la culture – sa pertinence, son ampleur et sa portée – est plus que jamais d’actualité. Elle aura été en filigrane du Rendez-vous novembre 2007 – Montréal, métropole culturelle et elle est déjà identifiée comme l’enjeu crucial du sommet Québec horizon culture qui aura lieu en février 2009. Si les discussions sur ce thème manquent parfois de mesure et de réalisme, elles nous obligent néanmoins à réfléchir aux rôles et aux responsabilités de tous les acteurs du développement culturel.

Logiques complémentaires

Évidemment, l’appel empressé et insistant lancé au secteur privé émane souvent de politiciens que l’on soupçonne, à tort ou à raison, de chercher à atténuer les effets d’un financement public déficient. Il arrive même que les organismes responsables d’attribuer bourses et subventions aux artistes et aux organismes culturels y aillent aussi de leurs propres incantations à l’endroit du secteur privé, ce qui ne va pas sans amplifier la méfiance et l’inquiétude au sein de leurs clientèles qui voient là la confirmation de l’hypothèse d’un soutien de remplacement.

Or, le soutien public aux arts et à la culture est sous-tendu par une logique foncièrement différente et autonome de celui du soutien privé.

Le financement, la promotion et la protection des arts et de la culture par les gouvernements et les villes, directement ou indirectement, grâce aux conseils des arts et autres agences, sont un choix politique et démocratique. Ce dernier s’appuie d’abord sur les droits culturels fondamentaux et, de plus en plus fréquemment, sur une volonté de stimuler l’économie (emploi, tourisme, exportations, etc.), de favoriser la cohésion et l’inclusion sociales ou d’améliorer la qualité de vie des citoyens. On combine des approches de politique publique qui valorisent la valeur intrinsèque de l’art et de la culture, et d’autres qui misent davantage sur leurs possibles impacts sur le développement socio-économique.

Les motivations qui président au soutien des arts et de la culture par le secteur privé (individus, corporations et fondations) sont d’un tout autre ordre. D’abord, il faut reconnaître la grande variété des considérations qui peuvent inciter un individu, un administrateur de fondation ou un dirigeant d’entreprise à donner de son temps, à fournir des biens et services à titre gracieux, à faire un don en argent ou à prendre une décision d’investissement au bénéfice d’un artiste, d’un organisme ou d’un événement culturel. Les experts en collecte de fonds ou en négociation de commandites le confirment : l’analyse rationnelle et le froid calcul n’expliquent pas tout. L’émotion, les coups de cœur et l’enthousiasme que peuvent générer des œuvres d’art ou des manifestations culturelles, tout comme l’impression personnelle que produisent les artistes et les dirigeants d’organismes culturels, pèsent dans la balance. Ce constat est encore plus important à rappeler alors que les dons provenant d’individus représentent une portion toujours plus grande de l’apport philanthropique, en culture comme ailleurs.

Une relation émotionnelle

J’ai appris la maxime suivante au contact de mes collègues anglo-saxons qui l’appliquent avec un zèle qu’on observe peu ici : « Ask for money, you will get advice, but ask for advice and you will get money. » En effet, qui souhaiterait être constamment ravalé au rang de vache à lait, de pourvoyeur intermittent ou de pompier de circonstance à qui l’on s’adresse toujours sur le ton de la supplique – et qu’on oublie sitôt encaissé le chèque convoité? L’ère où la relation avec un donateur ou un commanditaire se résumait à paramétrer précisément l’affichage des logos ou à gérer parcimonieusement un protocole de visibilité est bel et bien révolue. Le privé s’engagera sérieusement dans le financement des arts et de la culture dans la mesure où il y gagnera bien davantage que des occasions de visibilité ou un vague sentiment de faire sa juste part. Comme dans d’autres domaines de l’activité humaine, la qualité de la relation émotionnelle joue un rôle déterminant. Il faudra donc investir davantage de temps, d’authenticité et de créativité dans nos fréquentations des femmes et des hommes du privé que nous voulons intéresser au développement culturel. Il faut échanger, partager et s’engager en repensant et en humanisant ensemble nos vies et nos villes grâce aux arts et à la culture.

Simon Brault, président
Culture Montréal
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Texte publié dans le numéro 726 (juillet 2008) de la revue
Relations, section «Controverse».

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