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12.10.2006 Éditorial – Montréal culturel : mûr pour un grand ménage

Culture Montréal réitère la nécessité d’investir dans l’avenir de Montréal comme métropole culturelle. Le sommet «Montréal, métropole culturelle», convoqué pour novembre 2007, serait-il celui de la dernière chance?

Il reste à peine un an avant que les projecteurs ne se braquent sur un événement destiné à réunir, en même temps et au même endroit, vision, volonté politique, engagement civique et décisions fermes d’investir dans l’avenir de Montréal comme métropole d’art et de culture.

Convoqué pour novembre 2007, le sommet «Montréal, métropole culturelle» pourrait bien être celui de la dernière chance. Et cela, dans la mesure où nous assistons depuis deux ans à une érosion accélérée de notre capacité à décider et à agir ainsi qu’à l’expansion d’un discours défaitiste qui blâme les résistances que provoquent l’annonce de grands projets insuffisamment planifiés ou expliqués.

N’étant pas une capitale politique, n’étant plus un centre économique puissant, souffrant de stagnation démographique et subissant une concurrence féroce sur tous les fronts, Montréal pourrait bientôt aussi devoir faire le deuil des avantages rattachés au statut de métropole culturelle.

En effet, s’il se cantonne dans la morosité et s’il s’englue dans le capharnaüm de ses innombrables structures politico-administratives, Montréal se privera du développement auquel lui permettent encore d’aspirer l’impétueuse créativité de ses artistes et le dynamisme tenace de ses institutions culturelles.

Pour l’heure, le degré de création, de production, de diffusion et d’exportation de manifestations et d’oeuvres artistiques n’est pas en perte de vitesse. Si ça se trouve, nous sommes en crise de croissance. Au-delà des emplois et des retombées économiques et sociales liés au foisonnement culturel sur son territoire, Montréal profite de l’aura de métropole que lui procurent ses artistes en brillant partout sur la planète. Mais Montréal ne pourra continuer à être le creuset de tant de créativité artistique et de production culturelle qu’à la condition de miser intelligemment sur son unicité comme métropole nord-américaine : sa réalité de deuxième ville francophone au monde, son bilinguisme historiquement assumé, ses pratiques interculturelles fondées sur l’accueil et l’inclusion, ses apports d’échange avec le reste du Québec, ses choix en faveur de la justice sociale et de la démocratisation culturelle et sa volonté de se projeter à l’échelle continentale et internationale. Toutefois, comme pour le vin, le meilleur terroir ne peut pas produire de grands crus sans une stratégie et des investissements conséquents sur le plan de l’oenologie.

Infrastructures et créateurs

Montréal ne sera pas la métropole culturelle qu’il peut être s’il ne dispose pas d’infrastructures de formation, de recherche, de conservation, de production et de diffusion de la meilleure qualité. Et il y a encore beaucoup à faire de ce côté en dépit des avancées indéniables des 15 dernières années. Il y a des bâtiments supplémentaires à construire et des lieux à rénover ou à améliorer.

Les investissements publics et privés auxquels il faut accorder priorité sont sans doute ceux qui permettent d’optimiser les capacités de création et l’accès aux oeuvres et aux productions qui nous distinguent comme métropole valorisant la contemporanéité, l’ancrage réel dans la population et dans la ville ainsi que l’authenticité.

Il faudra aussi accroître l’accès à des ressources financières adéquates et stables pour les créateurs, les compagnies artistiques et les institutions culturelles, tant ceux qui sont établis et reconnus que ceux qui émergent et qui comment à percer. Ici, on interpellera la ville et les gouvernements sans oublier d’inviter avec insistance le milieu des affaires à prendre une part plus significative dans cette entreprise.

Régler les problèmes de gouvernance

Le processus de préparation du Sommet 2007 convoqué par Culture Montréal, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, la Ville et les ministres directement responsables de la région de Montréal est à peine enclenché. Les devoirs de rigueur et de transparence qui incombent à chacune de ces cinq entités sont à la hauteur du défi de résultat qu’elles ont décidé de relever.

Pour éviter l’improvisation et la précipitation qui seraient des réponses bien tentantes à l’immobilisme ambiant, il faut prendre appui sur l’intelligence de notre destin culturel qui s’est articulée au cours des trois dernières années. Ainsi, les consensus qui sont en filigrane des politiques du patrimoine et de la culture que vient d’adopter la Ville légitimeront un exercice de gouvernance destiné à combler le déficit actuel de centralité, de cohérence et de ralliement de toutes les forces capables de façonner la métropole culturelle.

En effet, la réussite de ce sommet est tributaire d’un engagement à revoir la gouvernance culturelle pitoyable et dépassée dont nous sommes affublés et que nous aggravons jusqu’à l’absurde avec la multiplication des instances dont les pouvoirs et les attributs alimentent le morcellement dans la vision comme dans l’action. L’épisode des fusions-défusions, en amont comme en aval, aura été particulièrement contributif à cet égard avec l’ajout d’une kyrielle de structures régionales et locales à la constellation de ministères, d’agences, de commissions et de sociétés d’État qui agissent sur notre trajectoire.

À l’instar de tant d’autres villes qui ont décidé d’affirmer leur statut de métropole culturelle, Montréal est mûre pour un grand ménage au sein des structures et des instruments qui peuvent influencer son développement. Le sommet ne pourra donc éviter de régler une partie des problèmes de gouvernance qui en commandent aussi impérativement la tenue.

 

Simon Brault, président
Culture Montréal

 

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Lettre publiée dans l’édition du jeudi 12 octobre 2006, Le Devoir

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