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Les publications

30.03.2005 ALLOCUTION – La culture dans le développement de Montréal et l’importance de dynamiques locales fortes

Culture Montréal participe au Rendez-vous culturel du Sud-Ouest, co-organisé le 30 mars 2005 par RÉSO – le Regroupement économique et social du Sud-Ouest – et l’arrondissement, ainsi que la Table des acteurs culturels du Sud-Ouest. Ce rendez-vous stimulant, qui a rassemblé près de 200 personnes, visait à mieux positionner le Sud-Ouest comme pôle culturel et dégager des pistes d’action pour mieux répondre aux besoins de la population et des milieux culturels en matière de pratique, de soutien, d’accessibilité et de développement de la concertation. Le président de Culture Montréal Simon Brault est conférencier invité à l’heure du lunch. Sa communication fort appréciée s’inspirait d’un texte intitulé Les arts et la culture comme nouveaux moteurs de développement économique et social qu’il signait récemment dans Options politiques (mars-avril 2005).

Bonjour,

Tout d’abord, je tiens à remercier le comité organisateur pour leur invitation à prendre la parole à l’occasion d’un événement qui démontre une volonté d’action culturelle aussi claire que prometteuse.

En effet, la tenue même de cette rencontre à l’échelle d’un arrondissement montréalais m’apparaît comme une confirmation non équivoque de l’émergence, à Montréal, de nouvelles dynamiques culturelles à la fois très ancrées sur des territoires d’appartenance précis et très branchées sur le mouvement international actuel de redéfinition du rapport des arts et de la culture à la ville et au développement économique, communautaire et social.

Présentement, un peu partout dans le monde, et d’une façon presque aussi synchronisée que la remise en cause d’une mondialisation qui ne fonctionnerait qu’à coups d’exclusion, on questionne, on analyse, on mesure et on redécouvre, le cas échéant, les vertus intrinsèques et les multiples impacts, directs et indirects, des arts et de la culture sur le développement individuel et collectif des êtres humains.

On s’intéresse aussi avec un zèle renouvelé à tout ce qui pourrait rattacher la création, la diffusion et la participation culturelles au développement intégré des quartiers, des villes, des régions et des pays.

Ainsi, des questions et des thèmes comme ceux qui constituent l’ossature intellectuelle de votre rendez-vous, qui sont habituellement abordés dans les universités et dans les officines gouvernementales, sont maintenant ouvertement et régulièrement débattus par une société civile agissante et de plus en plus influente.

Et même si le débat public et médiatique continue généralement de pivoter autour des insatiables besoins de ressources de nos systèmes de santé, d’éducation et de sécurité publique, on constate que les questions de politiques culturelles ne sont déjà plus confinées à la marge.

Même s’il est vrai que les attitudes et les discours politiques restent encore très et trop marqués par des conceptions des arts et de la culture qui se promènent entre l’élitisme (l’Art avec un grand A qui ne devrait être accessible qu’aux esprits bien formés et disposés), le romantisme misérabiliste (l’art créé par l’artiste inspiré, souffrant, mal compris et obligatoirement mal rémunéré) ou l’utilitarisme intéressé (l’art qui fait du bien, qui guérit de toutes les maladies, qui nous distrait des malheurs de la vie ou qui génère des profits à court terme), on assiste à une remise en cause des fondements même de ces apriorismes et clichés qui remplacent trop souvent la réelle réflexion.

La création, la production et la diffusion artistiques et culturelles sont passées, en moins d’un demi-siècle, d’une situation où elles échappaient presque entièrement à la sphère économique pour se retrouver au cœur des nouvelles stratégies de développement que permettent ou qu’imposent la mondialisation et la nette préséance de la technologie et des connaissances dans la reconfiguration de nos économies.

Au début des années 60, nos gouvernements ont mis l’accent sur la professionnalisation des arts et de la culture avec l’affirmation d’objectifs d’excellence artistique et l’édification d’un certain nombre d’institutions culturelles majeures dans les grands centres et dans les régions.

Les dépenses publiques visaient alors l’accroissement de l’activité culturelle en misant sur l’offre artistique émanant des professionnels. La démocratisation de l’art était vue – avec raison – comme une responsabilité prioritaire de l’État et elle justifiait la mise en place progressive des mécanismes de subvention culturelle que nous connaissons aujourd’hui.

Malheureusement, l’édification de ces systèmes d’aide (conseils des arts, SODEQ, etc.) aura été parasitée par des discours qui ont aussi façonné des perceptions et des réflexes qui associent, encore aujourd’hui, les arts et la culture à une dynamique d’assistance publique, presque de charité.

Conséquemment, on observe la persistance de rapports teintés de condescendance entre ceux qui gèrent l’économie ou prennent les décisions politiques et ceux qui assurent la création, la production et la diffusion artistiques.

Mais, à partir des années 70, avec l’effondrement confirmé de pans entiers de l’activité économique fondée sur les ressources naturelles et leur transformation, effondrement qui a laissé ici des cicatrices profondes que vous connaissez trop bien, à partir des années 70 donc, l’impact positif de l’art et de la culture sur la croissance de la main d’œuvre active est devenu évident.

Les industries culturelles, les grands festivals et les expositions prestigieuses attirant des centaines de milliers de personnes sont d’abord apparues comme des nouveaux leviers de prospérité économique, surtout dans les grands centres.

Puis, vers la fin des années 80, des échos des expériences américaines et européennes de revitalisation urbaine par la culture se sont fait entendre au Canada.

L’art et la culture ont commencé à être appelés au chevet de centres-villes souffreteux et désertés, de zones urbaines défigurées ou surpeuplées ou de quartiers déchirés par la violence et la pauvreté.

À la fin des années 90, c’est l’affirmation des concepts d’industries inventives et de villes créatives, d’abord en Angleterre et par la suite dans plusieurs pays d’Europe, qui modifiera notre compréhension du rapport entre l’art, le patrimoine, la culture et leurs liens étroits avec l’économie.

En 2002, les travaux hyper médiatisés du Dr. Richard Florida sur les travailleurs du savoir et les facteurs d’attractivité de la main-d’œuvre technologique dans les grandes villes, dont le fameux indice bohémien qui établit une corrélation entre le nombre d’artistes dans une ville et le développement de la classe créative, ont précipité les choses en Amérique du Nord.

Et cela, au point de créer une mode, qui, comme toutes les modes, charriera le meilleur et le très banal, le sophistiqué et le caricatural, l’authentique et le clinquant. Mais le tourbillon médiatique inspiré par Florida aura le net avantage d’attirer l’attention de nombreux politiciens de tous les niveaux de gouvernements en plus de frapper l’imagination des milieux d’affaires.

C’est un peu dans cet esprit que j’ai proposé l’an dernier, à titre de président de Culture Montréal, à Richard Florida, de se pencher sur le cas de Montréal.

En effet, il était loin d’être évident que les hypothèses et théories qui ont propulsé le Dr Florida à l’avant-scène d’une nouvelle pensée urbaine, au plus fort d’une enflure boursière largement provoquée par les titres technos, allaient permettre de saisir la dynamique d’une région métropolitaine aussi différenciée sur le plan culturel, linguistique et social que Montréal.

À l’occasion d’un projet qui a duré presque 10 mois et qui était chapeauté par 8 partenaires réunis par Culture Montréal, l’équipe de Richard Florida a dû sonder et documenter des corrélations souvent sous-estimées entre densité urbaine, diversité, langues, art et culture, organisation sociale, créativité, innovation et développement économique régional.

Les conclusions préliminaires de cette étude ont été rendues publiques il y a quelque temps déjà, mais le meilleur reste à venir puisque des articles scientifiques paraîtront incessamment dans des revues spécialisées.

Ainsi, on retiendra de Montréal qu’elle peut et doit tabler sur sa densité urbaine exceptionnelle en Amérique du Nord (troisième après la région de New York et celle de Boston), son économie diversifiée, sa culture très spécifique notamment à cause du fait français, ses références de développement rattachées tant aux modèles européens qu’américains, son système de distribution de la richesse sociale atypique en Amérique du Nord, son secteur créatif en croissance rapide et son incroyable système culturel qui va de l’underground le plus foisonnant jusqu’à des créneaux de pointe dans toutes les disciplines artistiques.

On retiendra surtout de Montréal qu’elle est sur une lancée prometteuse en matière de création d’emploi et qu’elle se démarque profondément du modèle de développement que privilégie l’administration Bush qui agit comme un phénoménal repoussoir et qui pourrait bien permettre de positionner notre ville comme une ville-refuge idéale pour les artistes, les créateurs, les chercheurs, les étudiants, les travailleurs du savoir, etc. qui veulent vivre dans un lieu où la tolérance, l’ouverture d’esprit et la qualité de vie sont exceptionnelles et qui sont à même de générer davantage de richesse économique tout en contribuant à augmenter le capital social à partager.

Les travaux de Florida, comme ceux d’autres chercheurs d’ici et d’ailleurs, sont importants et utiles pour les acteurs du développement culturel parce qu’ils permettent d’attirer l’attention sur les impacts globaux des arts et de la culture et sur l’organisation économique et sociale.

D’ailleurs, la bonne nouvelle c’est qu’une quantité grandissante de ces travaux portent sur la régénération urbaine et le redéploiement des quartiers.

Jusqu’à tout récemment, les trois arguments économiques qui se sont le plus souvent hissés au haut du palmarès de l’argumentaire pro culture étaient : la création d’emplois, la stimulation du tourisme et l’accroissement des retombées fiscales et parafiscales.

Puisqu’en 2001-2002 on a dépensé au Canada – tous niveaux de gouvernements confondus – environ 7.1 milliards de dollars d’argent public, pour soutenir 740 000 emplois, parmi lesquels nous dénombrons 131 000 artistes et protéger des retombées économiques totales estimées à 26 milliards de dollars, il serait déraisonnable de proposer l’abandon de ces arguments économiques traditionnels.

En faisant valoir l’existence de liens directs entre art, culture et créativité, on cesse enfin de voir uniquement la culture comme un secteur d’activité spécifique avec ses emplois, ses organismes, ses outils de subvention, de planification et de régulation. Elle se présente davantage comme ce qu’elle est par définition, c’est-à-dire comme une dimension de la vie des individus et des collectivités.

La créativité humaine, sous toutes ses formes, est le principal moteur de la croissance économique et sociale. Cette affirmation, presque banale, s’est vérifiée à toutes les étapes du développement de l’humanité. Sans idées nouvelles, on ne parvient pas à générer la richesse économique ni à augmenter le capital social.

Si tel est le cas, il faut s’interroger sur les façons de développer cette créativité dont on sait qu’elle ne repose pas totalement dans le code génétique de chaque individu et qu’elle se manifeste de façon grandement inégale sur les plans historique et géographique.

La créativité de l’être humain, comme celle des organisations, et à plus forte raison celle des villes, est incubée, soutenue, stimulée ou attisée par l’intensité, l’originalité et l’authenticité de la vie artistique et culturelle qui s’y déploient.

Sur le plan individuel, de nombreux travaux scientifiques prouvent que la fréquentation de la danse développe plusieurs attributs de la pensée créatrice comme l’originalité, la fluidité et la capacité d’abstraction. Nous savons que le théâtre nous apprend à saisir rapidement des enjeux complexes et nous fait réfléchir sur les motivations de nos semblables, en plus d’aiguiser les habiletés interpersonnelles.
Nous savons aussi que l’apprentissage de la musique augmente la capacité de raisonner et fait appel à l’abstraction nécessaire en mathématique.

La fréquentation assidue des arts et du patrimoine contribue à stimuler les attributs de la créativité que sont le sens critique, la capacité de solliciter l’imaginaire, la transgression des frontières mentales rigides, la capacité de rêver, la distanciation émotive, la possibilité de se situer dans l’histoire humaine, la capacité de transposer et de rompre les comportements intellectuels et physiques convenus et prévisibles. La culture, et encore plus notre relation individuelle avec l’art, fait reculer la fatalité, l’arbitraire, la soumission, la dépossession.

Ces attributs intrinsèques que recèlent l’art et la culture ont une portée insoupçonnée sur les individus et les collectivités et ils s’ajoutent aux retombées économiques, urbaines et sociales dont j’ai fait mention, ce qui fait de la culture un levier de développement et de transformation dont on ne peut plus se passer.

Ainsi, dans un rapport publié en 2004 et intitulé The contribution of Culture to regeneration in the UK : a review of evidence on cite le chercheur Bob Catterrall qui déclare : « Culture, but not just its esthetic dimension, can make communities, it can be a critical focus for effective and sustainable urban regeneration. The task is to develop an understanding of the ways – cultural an ethical – in witch even the “worst estates” can take part in and help shape the relics of their city (and society) as well as their locality. This is a massive challenge for academics, professionals, business and to government and -of course-citizens, but nothing less can work. »

Ce point de vue est renforcé par cette affirmation d’un élu municipal, Robert Hughes : « My own blunt evaluation of regeneration programmes that don’t have a cultural component is that they won’t work. Communities have to be energized, they have to be given some hope, they have to have the creative spirit released. »

Ici au Canada, un très grand nombre de communautés, de quartiers et de territoires urbains ont besoin d’être revitalisés parce qu’ils sont affectés, à un degré ou autre, par des problèmes environnementaux, sociaux, démographiques ou économiques. La culture peut jouer un rôle clé dans les processus de revitalisation et parfois même catalyser les forces de changement dans une communauté.

Le niveau de crédibilité spontanée dont jouissent les artistes et les leaders du milieu culturel est élevé, en particulier auprès de jeunes de toutes conditions comme le démontrent nombre de sondages d’opinion. C’est un levier dont il ne faut pas sous-estimer le potentiel. Plus que jamais l’art, la culture et la valorisation du patrimoine se présentent comme la clé des trois apprentissages fondamentaux : apprendre à être, apprendre à connaître et apprendre à vivre ensemble.

Bien que présentée d’une façon évidente et souvent flamboyante au centre-ville, la créativité artistique et la vie culturelle montréalaise ne sont pas, ne doivent pas, et ne seront jamais limitées à ce centre dont on ne saurait se passer si nous souhaitons pouvoir être décodés et reconnus comme la métropole culturelle que notre propre trajectoire comme peuple nous a amenés à édifier et à affirmer.

Autrefois, plus souvent qu’autrement, désignée comme la ville aux cent clochers, Montréal peut être aussi désignée comme la ville aux centaines de foyers culturels grâce aux théâtres, aux musées, aux maisons de la culture, aux ateliers d’artistes, aux bibliothèques, aux scènes de toutes tailles et configurations, aux lieux patrimoniaux, etc. qui marquent, d’une façon trop inégale il est vrai, mais qui marquent quand même l’ensemble de son territoire. Montréal n’est pas Calgary ou ni même Toronto, à cet égard, grand bien nous fasse !

C’est pourquoi Culture Montréal s’intéresse tant aux nouvelles dynamiques qui traversent maintenant cette ville dont la grandeur et les ambitions métropolitaines doivent s’appuyer sur une vision authentiquement montréalaise, avec ce que ça suppose de complexité, de diversité, de continuité historique, d’audacieuse créativité, d’anarchie contrôlée, de superposition d’identités, de démocratie et surtout, d’ancrages complémentaires dans la ville imaginaire partagée par tous les Montréalais et dans les quartiers et les arrondissements qui constituent les territoires immédiats de nos vies quotidiennes.

Comme nous l’avons affirmé à l’occasion de notre assemblée générale du 18 mars dernier, nous sommes convaincus que les arrondissements sont appelés à devenir l’arène privilégiée d’une interaction obligatoire et possiblement féconde entre les artistes, les médiateurs culturels, les organismes culturels, les services municipaux, les élus et les citoyens. Cette inscription des arrondissements dans l’univers civique des Montréalais sera sans doute accélérée avec l’élection prochaine, au suffrage universel, des maires d’arrondissement.

Mais pour installer un nouveau palier de gouvernement culturel, il y a encore beaucoup à faire. Et sans vouloir proposer un plan d’action précis, encore moins une recette, je me permettrai de nommer et de commenter quelques enjeux qui m’apparaissent incontournables.

1. Une préoccupation constante pour la démocratisation et de la médiation culturelles

Le développement culturel en arrondissement relève d’abord d’une logique de proximité et de complémentarité avec les interventions et les initiatives prises à l’échelle nationale, québécoise et métropolitaine.
Le travail de proximité ne devrait pas, surtout pas, être l’apanage des intervenants en arrondissements — je pense même que c’est une priorité pour les grands organismes établis au centre-ville mais ce n’est pas l’objet de mon intervention d’aujourd’hui — il constitue néanmoins, la quintessence de l’intervention culturelle conçue et réalisée à l’échelle de l’arrondissement ou du quartier.
L’objectif du travail de proximité peut être défini comme la démocratisation culturelle, et un des moyens privilégiés pour l’atteindre devrait être la médiation culturelle.
Ces deux thèmes pourraient faire l’objet de longues heures de débat. Mais pour prendre un raccourci que vous apprécierai sans doute, je citerai Lise Bissonnette qui écrivait en 1999, en préface d’un livre polémique de Raymond Cloutier portant sur les débats au sein du milieu théâtral à propos des enjeux de démocratisation culturelle : « Le pire n’est pas là. Il est dans le sentiment que tout a été essayé, que l’élargissement du public est une illusion, que le souci de démocratisation culturelle entraîne nécessairement, comme le veut le cliché, un nivellement par le bas.

« Comment ne pas désespérer, en effet, quand on entend ou lit des choses pareilles dans un milieu dont presque tous les artisans sont issus de classes sociales modestes et ont eu accès à leur bonheur de théâtre parce que quelqu’un, un jour, dans une école, dans un sous-sol d’église, dans une tournée, dans un texte, a fait un effort pour leur tendre la main, pour les atteindre et faire naître l’étincelle… »
«… La démocratisation de la culture est un rêve de justice, et, comme la justice, elle est inatteignable, mais il est défendu de renoncer à y travailler… »
Depuis plusieurs années, notamment avec la création et le déploiement annuels des Journées de la culture et dans le cadre de Culture Montréal, on cherche à renouveler le modèle de démocratisation culturelle reposant uniquement sur la responsabilité des gouvernements et de ses ministères désignés comme ceux de la culture et de l’éducation.
Nous avançons que les artistes et leurs entourages professionnels peuvent jouer le rôle de fer de lance dans une démarche axée sur le comment et le pourquoi faire.
Nous croyons qu’il faut organiser et mettre en scène un accès privilégié volontairement conçu pour les simples citoyens qui peuvent apprécier davantage les processus de formation, de création, de production et de diffusion culturelles professionnelles, notamment en y projetant leur propre curiosité, leur capacité d’émerveillement, leur volonté de créer et leur besoin de participer et de s’identifier à l’aventure culturelle.
Nous sommes convaincus qu’il faut donner les moyens nécessaires — à longueur d’année — aux artistes et à des médiateurs culturels pour qu’ils puissent expliquer, démontrer, favoriser la participation et intéresser à la culture. Le développement de l’amour de l’art prime sur la consommation de ses produits immédiats sans pour autant nuire à la hausse des taux de fréquentation, loin de là.
Nous comptons sur le fait que les citoyens aspirent à un autre statut que celui de consommateurs passifs ou, pire encore d’exclus du système culturel.
C’est un travail à long terme qui privilégie l’action à petite échelle et qui doit être constamment recommencé puisqu’on ne peut pas capitaliser.

2. De l’importance de cartographier votre territoire

Évidemment, l’organisation de l’action culturelle à l’échelle de l’arrondissement suppose, dans un premier temps qu’on repère la présence des ingrédients du développement culturel.
En recoupant des considérations historiques et patrimoniales, en repérant les circulations culturelles traditionnelles ou émergentes, en recensant les artistes et les travailleurs du secteur de la culture qui vivent et agissent dans l’arrondissement, en établissant des liens avec les organismes culturels qui ont pignon sur rue, on fait peu à peu cette cartographie qui permet d’élaborer des actions et des plans de développement qui pourront avoir des impacts réels.

3. Éviter de sombrer dans le localisme

Dans chaque arrondissement, les conditions varient, mais les avancées significatives sur le front culturel sont toujours le résultat d’initiatives portées par un leadership qui provient tantôt des élus, tantôt de la société civile, tantôt d’artistes ou de militants culturels, tantôt de fonctionnaires éclairés et, dans le meilleur des cas, d’alliances ponctuelles entre tous ces acteurs.
La circulation rapide des concepts, des idées, des exemples de réussites et d’échecs est d’une importance cruciale pour inspirer l’action, pour mobiliser les acteurs.
Puisque le travail quotidien est prenant et doit être sans cesse recommencé, il est facile de tomber dans le localisme, d’ériger des barrières mentales qui délimiteraient son territoire et de se couper de la mouvance pour les arts et la culture à laquelle on veut pourtant désespérément participer.
La création d’un organisme comme Culture Montréal qui cherche à plonger des racines agissantes dans les arrondissements de cette ville, tout en demeurant une plate-forme de réflexion, d’information et de mise en réseau des énergies et des intelligences culturelles urbaines, métropolitaines et internationales est un rempart intéressant contre l’isolement et le localisme.
Je sais que certains d’entre vous sont déjà membres de Culture Montréal et je ne peux qu’encourager les autres à faire de même.

4. Privilégier les plans de développement culturel sans pour autant écarter les politiques culturelles

Les politiques culturelles sont moins importantes que les plans de développements culturels, mais elles ont quand même une grande utilité : elles permettent de développer une compréhension commune, un vocabulaire partagé et des références pour mesurer le chemin à parcourir ou l’atteinte de résultats voulus. C’est pour cette raison que nous sommes intervenus à toutes les étapes de l’incubation de la future politique culturelle de Montréal à laquelle nous souhaitons que se raccrochent, d’une façon ou d’une autre, les arrondissements.
Dans 10 ou 20 ans, Montréal devrait compter un certain nombre d’arrondissements qui auront fait un virage culturel authentique, original et spectaculaire. En plus d’être des lieux de vie riches pour leurs citoyens, ces arrondissements deviendront autant de composantes enviées et enviables de la métropole qui les abritera, qui s’en nourrira, qui s’en inspirera et qui s’en enorgueillira à la fois.
Il m’apparaît que ce Rendez-vous de la culture du Sud-Ouest pourrait bien être le début du processus qui fera de votre arrondissement un exemple éclatant de régénération urbaine dont la culture aura été une clé essentielle. C’est ce que je vous souhaite et c’est ce que je nous souhaite comme Montréalais.

Merci, c’est un honneur pour moi d’avoir été invité à votre tribune.

Documents à télécharger:
Allocution CM – Simon Braul Dinamiques locales (30-03-2005) (149 ko)

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