Culture Montréal / Les publications / Éditoriaux / Éditorial – La valeur culture

Les publications

25.08.2004 Éditorial – La valeur culture

 

Dans les prochains mois, on risque de parler pas mal de politique culturelle. Ce n’est pas si fréquent chez nous, alors cela vaudra la peine qu’on s’y attarde.

La nouvelle ministre du Patrimoine canadien, Liza Frulla, annonçait ce week-end qu’elle réfléchit à l’idée de doter le Canada d’une nouvelle politique culturelle. On se souvient que c’est sous la gouverne de madame Frulla que le Québec s’était doté de la sienne en 1992. Quatorze ans plus tard, de larges pans de ce texte restent pertinents alors que d’autres sont toujours à mettre en oeuvre. Montréal, accouchera d’ici quelques semaines de la première politique culturelle de son histoire. La culture se déplacera-t -elle enfin à l’avant-scène de l’actualité fédérale, provinciale et municipale ?

 

C’est un secret de polichinelle : même si le mot passe plus souvent les lèvres de nos élus, sous quelque administration que ce soit, force est d’admettre que la culture demeure dans les faits une priorité … secondaire. Ce qui étonne toujours les observateurs étrangers, qu’ils soient asiatiques ou européens. Dans un pays aussi riche que le nôtre (économiquement et culturellement), on alloue à la culture des budgets de famine. La santé, l’éducation, l’économie, la sécurité mangent toujours les neuf dixième du gâteau. Mais plus inquiétant encore, la culture comme dimension de l’activité humaine n’a pas encore acquis de véritable crédibilité politique. En termes de développement social, économique, d’épanouissement personnel et collectif, la valeur culturelle est encore mésestimée, peut-être surtout dans sa formidable capacité de transformer des citoyens en acteurs du monde.

Bref, toute discussion autour d’une politique culturelle doit commencer par la même question : comment rehausser la valeur des arts et de la culture dans l’agenda complexe de nos sociétés?

 

Certes, le potentiel de la réflexion culturelle et de la créativité n’est pas bien reconnu. C’était aussi le sort qu’on réservait à l’éducation il y a 50 ans. Que s’est-il passé pour que nous soyons aujourd’hui tous collectivement convaincus que l’éducation est un atout et un droit inaliénable, un moteur incontournable du mieux vivre en société? Il aura fallu changer notre regard et les mentalités. Cela a nécessité plus qu’une loi ou qu’un texte de politique. Il a fallu une formidable campagne pour mousser la valeur éducative et que des acteurs politiques appuyés par l’ensemble des leaders sociaux emboîtent le pas… De pareille stratégie, les arts et la culture ont terriblement besoin.

 

Des dizaines de villes du Québec ont planché ces dernières années sur des textes de politique culturelle et Montréal devrait proposer la sienne dans les prochaines semaines, en retard d’une année sur sa promesse. Il faut ajouter que l’exercice est complexe et que les conditions de mise en œuvre d’une telle politique sont difficiles à cerner dans l’état actuel des choses. Dans le grand Montréal partiellement démembré quatre niveaux administratifs auront des responsabilités culturelles : la Communauté métropolitaine de Montréal, le conseil d’agglomération, la Ville et les arrondissements. Quelle chatte y retrouverait ses chatons?

Cela ne devrait pas nous empêcher de réfléchir et d’agir. J’invite les amateurs de culture, les citoyens, les artistes, les organisateurs communautaires, les représentants d’organismes culturels, les gens d’affaires, les commissions scolaires, les syndicats à faire entendre leur voix lorsque la Ville déposera son projet. Nous avons tous une contribution à faire pour rehausser la valeur de la culture dans notre société, pour accroître la valorisation de nos institutions, la reconnaissance de l’impact des organismes culturels, la nécessité d’une bonne circulation des œuvres et des artistes sur tout le territoire, la mise en valeur du patrimoine, la reconnaissance des atouts fantastiques de la pratique artistique amateure… Plus que jamais, l’ensemble de la société civile doit plaider pour démontrer combien la culture est un puissant outil d’émancipation, d’épanouissement, de liberté et de citoyenneté.

 

Ariane Émond, Directrice générale (2003-2005)

Culture Montréal

 

 

 

++

 

Billet publié dans Alternatives, 25 août 2004

Un peu plus

Culture Montréal est une organisation indépendante de réflexion et d’action qui contribue à édifier l’avenir de Montréal comme métropole culturelle, par des activités de recherche, d’analyse et de communication. Son mandat est d’affirmer le rôle central des arts et de la culture dans toutes les sphères du développement de Montréal : l’économie, les affaires, la politique, l’aménagement du territoire, l’éducation, la vie sociale et communautaire tout en favorisant la diversité culturelle, la relève, les pratiques émergentes et l’art public.

Merci à nos membres et à :

Je deviens membre.
Le français en scène. Projet de valorisation de la langue française.
Micro Culture, pour parler culture quartier par quartier
Agenda 21. Culture aujourd'hui demain.

Culture Montréal est membre de :

  • Les Arts et la Ville
  • Bureau du Cinéma et de la Télévision du Québec
  • Chambre de commerce du Montréal métropolitain
  • Coalition canadienne des arts
  • Conseil des relations internationales de Montréal
  • Diversité Artistique Montréal
  • Héritage Montréal
  • Le Réseau des conseils régionaux de la culture