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Les publications

25.06.2004 Éditorial – Adhérer à Montréal avec la tête et le coeur

Au surlendemain de la signature de registres ouvrant la voie à 22 référendums, les traits noirs qui traversent la carte de l’île de Montréal, comme autant de repères pour une éventuelle chirurgie de démembrement, sont très troublants.

 

En effet, si un scalpel devait découper la Ville en suivant avec précision ces traits, notre histoire collective tomberait à la renverse en mettant en évidence ce qui nous divise. Les inégalités sociales et les replis identitaires ancrés dans l’appartenance linguistique s’en trouveraient validés et consolidés. La solidarité projetée cèderait le pas à la valorisation des clôtures physiques et mentales qu’on érige protéger ses privilèges. La démocratie exercée à la pièce imposerait une organisation morcelée de la cité à plus de 72 % des citoyens qui vivent dans l’île. Par ailleurs, frustrés de ne pouvoir reconstituer intégralement ce qui existait avant la fusion, ceux qui s’investissent corps et âmes depuis deux ans dans une croisade aussi exaltée qu’opiniâtre, annoncent déjà leurs intentions de contester sans relâche les lois et les structures qui obligeraient les banlieues réhabilitées à confier l’essentiel de leurs destinées à la ville centre. Sommes-nous sur une voie prometteuse? Certainement pas! Mais comment faire tourner le vent défusionniste qui souffle sur une ville qui s’est toujours enorgueillie de sa convivialité exceptionnelle et qui a tant besoin de mettre en commun ses forces pour prospérer?

Certains prétendent qu’il faut opposer la rationalité économique et le réalisme politique aux arguments émotifs amplifiés par les leaders défusionnistes. D’autres constatent, avec dépit, que les considérations stratégiques mille fois évoquées par les élites ou les éditorialistes ne pèsent pas lourd quand il est plus de mise d’être voisins que citoyens. Les frustrations engendrées par les nids-de-poule et autres calamités de proximité, combinées au ressentiment contre des décisions politiques prises de haut, constituent une charge explosive qu’aucun sermon sur les enjeux de la mondialisation ne parviendra à désamorcer.

Faut-il pour autant baisser les bras et laisser les choses suivre leur cours jusqu’au 20 juin? Nous croyons que non. Nous croyons, au contraire, qu’il faut exprimer les sentiments, les émotions et les besoins de centaines de milliers de citoyens de l’île qui ne seront pas convoqués à quelque référendum que ce soit mais qui ont aussi droit à la démocratie municipale. Nous croyons qu’il faut répercuter les voix de très nombreux citoyens qui ont choisi de ne pas signer les registres parce qu’ils souhaitent tourner la page et passer à autre chose de plus constructif. Nous croyons qu’il faut faire campagne pour l’adhésion à Montréal, pour ce qu’elle est déjà et surtout pour ce qu’il y a de prometteur dans la volonté de mettre en commun toutes nos intelligences et toutes nos ressources.

La problématique de l’identité, ou plutôt des identités, dans une grande ville est très complexe. Au-delà du sentiment d’appartenance à une rue, à un quartier ou à un arrondissement, il y a des identités conférées par le travail, les loisirs, les activités culturelles et même par les difficultés et les moments de crise que traversent les être humains qui vivent ensemble sur un territoire donné et à un moment précis de l’histoire. Ce serait accepter de s’appauvrir que de renoncer à toutes ces identités urbaines sous prétexte de raviver une sentiment d’appartenance à une ancienne structure juridique de toute façon irrémédiablement modifiée. Les rues et les quartiers sont restés là, les communautés qui y vivent aussi. Mais il s’agit de les garder rattachés à un seul corps et à un seul cœur pour que le tout se développe au profit de chacune de ses parties.

Il faut arrêter le geste précis du chirurgien que nous avons appelé à notre secours pour guérir nos frustrations passagères. L’amputation ne guérira rien. C’est probablement d’une thérapie collective dont nous avons besoin. Et nous pouvons notamment compter sur les manifestations culturelles extraordinaires qui cimentent déjà Montréal pour y parvenir. Nous avons déjà toutes et tous goûté la potion de la créativité, de la convivialité et du partage et nous savons qu’elle rend forts dans un monde de plus en plus urbanisé où les multiples places publiques comptent autant que les réseaux infinis dont nous dépendons. Pensons-y bien d’ici le 20 juin et convions tous les citoyens de l’île à adhérer enfin à Montréal avec la tête et avec le cœur.

 

Simon Brault, président

Culture Montréal

 

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Texte publié le 26 mai 2004 dans La Presse

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