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28.04.2004 Éditorial – La culture sans vision

Mon cœur balance entre deux amours. La culture et Montréal, où je vis depuis 30 ans. Cette ville a fait de moi qui je suis, m’a ouvert les yeux sur le monde et sur les autres. La culture et les arts m’ont appris que sans eux, on vivait sans air et sans espoir. Grâce aux mots, aux images, aux musiques que j’ai bues, je me suis approché des rêves et des visions d’artistes inspirants. Des créateurs ont secoué mes certitudes, musclé mon désir d’épanouissement et attisé l’envie de contribuer à ma société.

Ce n’est pas un hasard si je me retrouve depuis quelques mois à la tête d’un organisme de la société civile, préoccupé du développement artistique et culturel de Montréal et qui travaille d’arrache-pied à en faire comprendre l’importance essentielle pour l’avenir. Pour trop de gens, la vitalité culturelle de Montréal se résume à un fond de scène, à une sorte de décor sympathique qui colore l’ambiance de la ville. L’importance de la culture comme levier d’épanouissement de nos concitoyens et de développement pour notre ville échappe dramatiquement à l’ensemble de nos décideurs politiques et leaders économiques.

 

Récemment, les milieux culturels ont eu l’impression d’avoir évité le pire de la tronçonneuse étatique. En effet, le budget du ministre Séguin a protégé l’essentiel des enveloppes budgétaires en culture, sauf celle de Télé-Québec. Alors que la résistance s’organise pour faire entendre raison au gouvernement — qui ne saisit pas la portée d’une télévision d’État axée sur le développement culturel — plusieurs associations artistiques applaudissent à juste titre une promesse électorale en voie d’être respectée : celle d’un début de filet de sécurité pour les artistes. Des artistes au demeurant moins pauvres globalement qu’on aime le répéter, exception faite des danseurs terriblement sous-payés. La récente étude de l’Observatoire de la culture a bien montré que la réalité est plus nuancée que le discours alarmiste sur l’artiste affamé.

Il y a actuellement un dangereux glissement dans le discours sur la culture. On joue les artistes contre le béton. À plusieurs reprises, même la ministre a martelé que l’État allait cesser d’investir dans les infrastructures et travailler à mieux garnir les goussets des créateurs. Plusieurs artistes tombent dans le panneau, assez enclins à encourager un discours ombrageux à l’endroit des budgets réservés à la Grande Bibliothèque, par exemple. Mais cela ne mène nulle part. Nos institutions, encore si fragiles, sont les piliers de la diffusion de la culture.

Il faudrait au contraire un vaste programme de réfection de nos infrastructures culturelles et une bonne campagne pour mousser la fierté collective face au travail des musées, bibliothèques, écoles d’art…

D’ailleurs, réalise-t-on combien le milieu de la culture est un secteur performant de l’économie québécoise ? On y fait depuis longtemps des miracles côté partenariats, on y crée des milliers d’emplois de qualité à moindre coût, on innove, on rayonne internationalement, on y génère de beaux succès… et de l’espoir. Qui le reconnaît, qui l’encourage, qui l’applaudit ?

Nous sommes en droit de s’attendre d’un gouvernement qu’il stimule et dynamise, qu’il donne du souffle et l’envie de se dépasser collectivement. Il est impérieux de sortir de cet état de stagnation qui colore tout depuis un an. Quel est le plan de développement du Québec pour les trois prochaines années ? Comment voit-on son développement économique et culturel ? Il s’agit de créer le climat. Ensuite on est surpris de tous les fruits qui poussent.

 

Ariane Émond, directrice générale (2003-2005)

Culture Montréal

 

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Texte publié le 28 avril 2004 dans Alternatives

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