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20.02.2004 Éditorial – Les villes montent au front

Paul Martin semble vouloir s’intéresser au sort des villes. Montréal, Toronto, Calgary et Vancouver plus particulièrement… À Winnipeg aussi, sans doute. Le maire Glen Murray est, jusqu’à ce jour, l’ambassadeur le plus éloquent des « villes créatives » dont on souhaite qu’elles aillent au-delà du slogan, très à la mode depuis quelque temps.

Au Canada 20 millions de gens vivent en ville (85% de la population). Au Québec, la moitié de la population habite dans la région métropolitaine de Montréal, qui génère la moitié du produit intérieur brut (PIB) québécois. Les enjeux économiques, sociaux et culturels qui confrontent les villes méritent amplement qu’on s’attarde à leur sort et à leurs projets. Ces entités initialement créées pour dispenser quelques services de proximité croulent sous des responsabilités nouvelles alors qu’elles n’ont ni les moyens financiers ni la stature politique nécessaire pour agir de façon déterminante.

Les gouvernements supérieurs, et plus particulièrement les provinces dont elles relèvent, laissent depuis longtemps les grandes villes à leur sort comme si elles devaient trouver seules réponses à des problèmes de développement qui risquent de devenir endémiques comme la lutte à pauvreté, le renouvellement des infrastructures, le déploiement de mécanismes adéquats pour faciliter l’immigration, le transport en commun, etc. À cet égard, l’entrevue de Jean Charest avant Noël avec Dominique Poirier à l’émission Le Point, sur les ondes de Radio-Canada, était à la fois symptomatique et inquiétante. Le premier ministre a répété deux fois plutôt qu’une que les problèmes de Montréal étaient les problèmes de Montréal, pas les siens…Que ce n’était pas au gouvernement du Québec de les régler…

Quoiqu’il ressorte de la rencontre de la semaine dernière à Toronto, il est clair que l’enjeu des villes est désormais inscrit à l’agenda canadien en lettres capitales. Mais quelle décentralisation des pouvoirs veut vraiment le fédéral ? Gagner de nouveaux champs de compétence sur les provinces ou aider les villes à gagner en pouvoir sur leur avenir ?

Les provinces sont braquées et réfractaires à l’idée que les enjeux urbains soient discutés par les élus des trois paliers de gouvernement : fédéral, provincial municipal. Pourtant, les grands problèmes urbains ne pourront se régler que de manière transversale, avec tous les partenaires concernés.

Mais quelle vision les villes ont-elles de leur gestion pour les 20 prochaines années ? Dans le discours des villes, il manque un aspect fondamental : les citoyens. Les villes ne pourront continuer d’être planifiées et dirigées uniquement par des élus préoccupés par les prérogatives immédiates. Au Canada, Guelph, Toronto et Québec ont commencé à mettre en place un embryon de démocratie participative qui tienne compte de l’idéation, de la capacité de citoyens avertis d’indiquer des pistes d’avenir et l’attribution des fonds publics. L’avenir des villes passe sans doute par là.

Par les temps qui courent, si les villes ont besoin d’aide et de concertation avec les autres instances gouvernementales, elles doivent aussi repenser leur principe de gouvernance, et aller chercher l’appui de leurs citoyens pour se réinventer.

Parmi les facteurs de réussite des villes intermédiaires qui ont émergé ces derniers temps comme villes de savoir, de qualité de vie, de culture à l’échelle mondiale (pensons à Barcelone, Lyon, Boston ou Dublin…) deux éléments ont joué un rôle structurant et équilibré : un grand apport de la société civile et grand investissement de leur État.

Les grandes villes doivent leur épanouissement à l’émergence constante de lieux qui accueillent la diversité et la marginalité, la création et l’innovation. C’est en grande partie dans ces lieux que s’ancre notre conviction qu’il est important de défendre le nouveau Montréal pour ce qu’il est, et surtout pour ce qu’il peut devenir.

 

Ariane Émond, directrice générale (2003-2005)

Culture Montréal

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Texte publié dans Alternatives, février 2004

 

 

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