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Les publications

24.02.2004 Éditorial – Durs lendemains de fêtes

Alors qu’on déroule le tapis rouge pour la Soirée des Jutra qui succède à celle des Masques, alors que le public réserve un triomphe à l’Amélia d’Édouard Lock qui revient à Montréal après avoir ébloui les capitales du monde, alors qu’on spécule sur les chances de voir des films québécois primés dans les plus grands festivals de la planète, alors que la vitalité culturelle de Montréal est citée en exemple dans un nouveau rapport de l’OCDE, le milieu culturel a pourtant la nette impression qu’il lui faudrait plutôt contenir sa joie et s’estimer chanceux si le ciel ne lui tombe pas sur la tête à brève échéance.

Comment expliquer le contraste entre autant de réussites artistiques évidentes, de succès de fréquentation populaire et de contributions de premier plan à la qualité de vie des citoyens et le vent glacial des compressions qui commence à souffler, à partir de Québec, sur un édifice culturel encore bien fragile malgré sa fière allure ? Comment passer sous silence le récent naufrage du FIND, la menace de déroute budgétaire qui pèse sur la Cinémathèque ou les alertes successives lancées par le milieu des arts et des lettres ?

Le secteur culturel regorge d’ingéniosité. À tel point qu’on devrait lui épargner le stress d’une réingénierie appréhendée. C’est le secteur où pullulent déjà depuis très longtemps les partenariats privés-publics les plus créatifs et les plus efficaces. Il n’y a pas là d’explosion de coûts, de baisse radicale de productivité et encore moins de déclin des services aux citoyens. Bien au contraire, en s’en tenant à la stricte rationalité économique et au mantra gouvernemental actuel, la contribution du secteur culturel au développement individuel et collectif des Québécois mérite plus que jamais une prime, ou, à tout le moins, une consolidation des investissements gouvernementaux accompagnée d’un discours respectueux du travail accompli par les artistes et leurs nombreux partenaires. ?Il est de plus en plus admis que l’avenir des nations et des grandes villes passe par la valorisation de la créativité. Pas de créativité, pas d’idées nouvelles, pas de développement donc pas de richesse nouvelle à partager. Or, cette créativité si précieuse n’est pas un résultat spontané de la vie en groupe. Elle est incubée, soutenue, stimulée, attirée, conservée ou accélérée par un certain nombre de facteurs au rang desquels figurent, d’une façon éclatante et constante, l’intensité, l’originalité et l’authenticité de la vie artistique et culturelle qui caractérise une société.

 

Reconnaissons-le et agissons en ce sens au lieu de mettre en péril ou de gaspiller ce que d’autres nous envient à juste titre.

 

Simon Brault, président

Culture Montréal

 

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Texte publié le 24 février 2004 dans Le Devoir

 

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