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15.09.2003 Éditorial – Au-delà des dettes politiques, choisir le bien commun pour Montréal. Est-ce que ça nous fera avancer ou reculer collectivement ?

C’est la question toute bête que je me pose toujours quand j’essaie de me faire une tête en face d’un enjeu social et des propositions annoncées pour y répondre. Cette question me hante alors que je retiens mon souffle comme tout le monde en face du sort que le gouvernement Charest réserve à la nouvelle ville de Montréal.

Ce qui se joue en commission parlementaire ces jours-ci est capital pour l’avenir du Québec tout entier. Le gouvernement proposera dans quelques mois les règles du jeu qui baliseront concrètement les consultations référendaires autour des nouvelles villes. Il est clair pour moi qu’un courant de défusion nous fera reculer collectivement, ralentira considérablement l’essor de la nouvelle ville qui piétine depuis le changement de garde à Québec. Un mouvement même limité favorisant les défusions enverra un message clair et déprimant : celui d’un séparatisme primaire, allergique au développement solidaire et inclusif pour l’ensemble de la population qui vit mais aussi qui profite de Montréal.

Plus que d’un vœu pieu martelé comme un mantra par le premier ministre affirmant souhaiter « la réussite des nouvelles villes », ce sont des signes tangibles d’une véritable volonté politique en faveur de ces nouvelles agglomérations que les citoyens du Québec attendent. Le double discours du gouvernement en place est intenable politiquement et menaçant pour le bien commun. Mesure-t-on vraiment les coûts économiques, sociaux et culturels d’un charcutage de Montréal d’ici un an ?

Les Montréalais ne sont pas dupes et commencent à exprimer de plus en plus clairement leur mécontentement à l’idée de voir la nouvelle ville sombrer dans la tourmente des référendums pro-défusion quasi inévitables dans le scénario actuel. Mais on sent que le gouvernement est en quête d’idées et d’inspiration pour se sortir de ce désastreux guêpier. L’amputation de Montréal serait catastrophique et ce scénario appréhendé bousille actuellement l’envol de projets porteurs au plan culturel et économique. La dernière campagne électorale du parti libéral a gonflé en quelque sorte le vent dans les voiles défusionnistes. Le gouvernement est-il conscient qu‘il peut aussi récolter la tempête ? La majorité des Montréalais n’ont pas envie de faire les frais d’un manque de vision et d’un manque de solidarité citoyenne.

Les chiffres parlent déjà : 54 % des Montréalais sont en faveur de la nouvelle ville résultante d’une fusion par ailleurs bien mal expliquée. Et plus de 67 % des Montréalais francophones ne veulent pas entendre parler de défusion de cette nouvelle entité. Cela ressemble aux résultats du récent sondage comptabilisant le taux de satisfaction des électeurs cinq mois après l’entrée en poste du PLQ : 53 % des Québécois se disent satisfaits en face du gouvernement mais une majorité de francophones (un sur deux en fait) se dit insatisfait des réformes proposées (contre un sur cinq parmi les non francophones).

Les observateurs de la scène municipale, les gens d’affaires, les milieux culturels, certains leaders syndicaux et universitaires voient bien dans quel bourbier patauge le gouvernement. Ces derniers jours, ils ont contribué au débat en faisant des propositions constructives et démocratiques. Coincé entre la consultation promise à une minorité de citoyens frustrés de la fusion de leur ancienne municipalité et une vision ample et généreuse pour l’avenir des grands ensembles urbains, le gouvernement doit faire son nid. Les grandes villes appelées à former avec d’autres des villes-région seront les véritables pôles économiques et culturels des collectivités humaines au 21e siècle. La modernisation du Québec passe par la vitalisation de ses grands pôles urbains. N’est-ce pas la mission que s’est donnée le nouveau gouvernement, moderniser le Québec ?

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