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26.08.2002 Éditorial – Quelle politique culturelle pour Montréal ?

Il semble maintenant acquis que la Ville de Montréal adoptera sa première politique culturelle dans un peu plus d’un an. Promise à l’occasion des élections, évoquée comme une évidente nécessité en aval et en amont du Sommet de Montréal, tant par les élus municipaux que par les représentants des milieux culturels, ce qui entoure cette politique fait déjà partie de nos légendes urbaines. Et cela tant à cause des attentes qu’elle suscite que des inquiétudes qu’elle engendre. Pourtant, elle reste entièrement à être élaborée.

Tout en étant conscient des dangers liés à la précipitation, il convient de se réjouir que le compte à rebours soit enfin commencé. Par ailleurs, pour contrer l’improvisation ou la redite, il faut souhaiter que la démarche s’inscrive dans la mouvance internationale en faveur des nouvelles politiques culturelles conçues comme de véritables leviers du développement harmonieux des grandes villes.

Mais posons-nous d’abord la question : pourquoi une politique culturelle pour Montréal et pourquoi maintenant ? En effet, la métropole du Québec n’est certainement pas un désert culturel. Le dynamisme de ses nombreux créateurs, de ses producteurs et de son industrie est reconnu internationalement. Ses institutions de savoir, comme ses musées, font autorité bien au-delà de nos frontières. Les foules sont au rendez-vous de festivals qui n’en finissent plus de se multiplier et l’offre en saison est foisonnante. En apparence, les choses semblent telles qu’on devrait pouvoir se fier à l’action spontanée des forces en présence qui bénéficient souvent directement de la politique culturelle québécoise mise en place il y a dix ans à peine. Montréal est une métropole culturelle dont l’effervescence et le rayonnement restent très enviables, compte tenu de sa taille et de sa réalité linguistique.

Pourtant, quand on y regarde de plus près, Montréal connaît aussi son lot de difficultés et de problèmes sur le plan du développement culturel. Les conditions économiques et la reconnaissance sociale réservées à la grande majorité de ses artistes sont sans commune mesure avec leur contribution réelle à la qualité de la ville. Une grande partie de la population demeure totalement ou partiellement exclue du banquet artistique et culturel qui est annoncé et commenté quotidiennement dans les médias. Les inégalités au niveau des équipements culturels de base comme les bibliothèques ou les centres de loisirs et de culture stigmatisent de nombreux quartiers. Les fractures entre les générations de créateurs et de publics et entre les différentes communautés ethnoculturelles ne sont pas toujours rapidement repérées, ni encore moins réparées. Montréal est une métropole culturelle fragilisée par ses contradictions internes et par un manque de choix clairs et assumés par les pouvoirs publics et un leadership concerté de la société civile. C’est en cela qu’elle a besoin d’une politique culturelle qui procéderait d’une logique de décloisonnement, de transversalité, de partenariat et de citoyenneté.

En complémentarité avec les instruments étatiques existants, une politique culturelle municipale moderne peut jouer un rôle majeur pour inspirer, stimuler, organiser, concrétiser et renforcer l’action des pouvoirs publics en faveur de la culture comme vecteur de développement individuel, collectif, économique et social. La politique culturelle montréalaise doit viser au premier plan la reconnaissance et la protection des créateurs ainsi que la défense des droits culturels de chaque citoyen, mais sa portée réelle peut être beaucoup plus grande.

La culture au quotidien

Montréal, comme toutes les grandes agglomérations de la planète, vit une situation hautement paradoxale : elle doit composer avec les dynamiques propres à la mondialisation en même temps qu’elle constitue un lieu où s’enracine une aventure interculturelle originale. Les identités locales qui s’expriment dans ses quartiers et ses arrondissements sont questionnées par le besoin de définir une image et une signature à faire valoir sur le plan international. La ville doit chercher à devenir un objet de désir pour le reste du monde sans s’aliéner ses propres citadins. C’est là que la sphère culturelle prend toute son importance et devient un objet de débat public intéressant toutes les forces agissantes sur le territoire. Parce que les notions de proximité et d’urbanité sont ici incontournables, il importe d’adopter une définition de la culture qui soit suffisamment ouverte pour ne pas renvoyer dos à dos l’art et les cultures populaires qui de toute façon s’interpénètrent et s’influencent mutuellement au niveau de la rue comme dans toute la vie de la cité. L’approche en matière de politique culturelle municipale ne doit pas être verticale. Les choses ne s’envisagent plus de bas en haut mais sur le terrain. L’enchevêtrement des réseaux prime sur les silos et les chapelles idéologiques ou esthétiques.

Pouvons-nous imaginer une ville où la culture soit vécue au quotidien par l’ensemble de ses habitants, à travers tous les quartiers et grâce à tous les services municipaux et paramunicipaux ? Par exemple, à l’instar des initiatives de la RATP à Paris, pourrions-nous voir la Société de transport de Montréal commissionner des artistes du multimédia pour animer ses couloirs souterrains ? Pourrions-nous penser que les employés de la voirie soient habillés par des designers montréalais ou que des taxis de couleur, chers à Frédéric Metz, sillonnent les artères de la ville ?  Peut-on rêver que Montréal se dote d’un plan ambitieux pour créer ces lieux inspirants proposés par Phillys Lambert ? Peut-on imaginer nos quartiers égayés par des fêtes urbaines, où les citadins se réapproprient l’espace de la rue, non plus comme publics passifs mais comme populations créatives ? Comme le souligne Hervé Fisher, il y a un grand besoin d’euphoriser la ville par tous les moyens !

Un projet de ville

C’est de l’image et de l’identité de la ville dont il est question, tout comme du sentiment d’appartenance et de la qualité de la vie quotidienne. La politique culturelle doit avoir la capacité d’actualiser cette identité en s’appuyant sur la diversité de l’écosystème culturel montréalais et en valorisant les initiatives culturelles à la base. Elle peut contribuer à l’émergence d’un projet de ville qui ne soit pas uniquement une superposition de visions existantes mais bien une nouvelle représentation de l’identité urbaine.

Le processus d’élaboration et de mise en oeuvre de la politique culturelle est tout aussi important que ses contenus pour ne pas qu’elle devienne une déclaration de bonnes intentions jetée en pâture aux artistes et aux citoyens préoccupés de culture. Plus la consultation participative sera large avant d’en arrêter les contours, meilleures seront les chances d’ancrer cette politique dans la réalité et de susciter des appuis provenant de secteurs qui ne se sentent pas encore interpellés par le développement culturel. Il est essentiel que cet exercice en soit un de démocratie et non de bureaucratie.

L’approche citoyenne doit prévaloir à toutes les étapes. Les élus doivent être présents et engagés, les fonctionnaires et les experts mobilisés, les artistes et leurs associations consultés, sans perdre de vue l’importance de la société civile et la participation directe des citoyens.

Il faut aussi se méfier de l’utilitarisme comme du clientélisme qui consisterait à fractionner la politique culturelle pour la réduire à certaines de ses retombées souhaitables. Que le Service de la culture soit renforcé et que le Conseil des arts soit doté des moyens que commande sa mission, c’est essentiel ! Que les conditions de création et de diffusion soient bonifiées, c’est excellent ! Que le tourisme soit stimulé, c’est tant mieux ! Que les investissements étrangers soient attirés, c’est formidable ! Mais la finalité globale de la politique culturelle, celle de créer un cadre de vie épanouissant pour tous les citadins, ne doit jamais être perdue de vue.

Finalement, il faut se rappeler que la politique culturelle restera sans lendemain si les pouvoirs publics n’investissent pas les moyens financiers nécessaires à sa mise en oeuvre et à son suivi.

Montréal n’est pas la première ville à initier au cours des dernières années une démarche prospective pour concevoir un projet de cité qui réponde aux défis de ses nouveaux territoires. La métropole saura-t-elle proposer à son tour des politiques urbaines stimulantes et intégrées qui redonnent à la ville son rôle de creuset, sa capacité d’intégration  et d’innovation dans une perspective de développement durable ? C’est ce que nous souhaitons et c’est ce qui nous incite à participer pleinement au grand chantier qui débute cet automne et qui devrait conduire à l’adoption de la première politique culturelle de l’histoire de Montréal.

Simon Brault, président

Culture Montréal

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